Aka : 新喜剧之王 : Xin Zju Zhi Xang : Nouveau roi de la comédie
Metteur en scène: Stephen Chow
Liens externes : IMDB – HKMDB
En 1999, la super-vedette du cinéma comique hongkongais Stephen Chow joue et réalise son film le plus personnel : King of Comedy. Il y interprète un figurant passionné et perfectionniste qui rêve de percer comme acteur, mais qui ne connaît que des déboires. La prémisse du film a permis à Chow d’explorer de nouvelles avenues comiques, d’élargir sa palette dramatique, de parodier des films tant de Bruce Lee que de John Woo ainsi que de dresser un portrait passablement satirique et cruel du milieu du cinéma. Vingt ans plus tard après avoir surtout réalisé des films qui tiennent de la parodie et du fantastique Chow a décidé de faire un remake de King of Comedy cette fois tournée en Chine continentale.
Ayant abandonné sa carrière d’acteur depuis CJ7 en 2008 pour ce concentré à la réalisation, Chow ne reprend pas le rôle-titre. En fait depuis King of Comedy Chow cherche presque toujours à recruter et présenter de nouveaux talents féminins dans ses films, pour tenir des premiers rôles. Cecilia Cheung, Xiu Jiao et Jelly Lin ont tous été découverts par Chow (Yuen Qiu également, mais c’est un cas particulier). Pour New King of Comedy il met les bouchées doubles; non seulement le rôle pivot est tenu par une illustre inconnue; E Jingwen, mais presque toute la distribution est également constituée de nouveaux venus. Le seul acteur reconnu jouant dans le film est Wang Bao-jiang qui est célèbre pour être lui-même passé de figurant anonyme à vedette. Il est l’exemple même du rêve de succès auquel beaucoup aspire.
Une cendrillon plus vraie que nature.
Jeune femme naïve et empotée, le personnage de E Jingwen; Ru Meng, n’arrête pas de se mettre les pieds dans les plats d’où l’essentiel de la comédie du film. Chow satirise aussi le monde du cinéma avec encore plus de férocité que le film original. Alors que le premier King parodiait à la fois l’héroic bloodshed à la John Woo et le wire-fu bondissant à la Ching Siu-tong, New King of Comedy se déroule pendant le tournage d’un conte de fées transgressif intitulé Snowwhite : Bloodbath in Chinatown avec une Blanche Neige transgenre.
Comme il le fait depuis plus de vingt ans, Chow cherche tout autant à émouvoir qu’à faire rire. À mi-chemin New King prend donc des allures tragi-comiques, tellement les avanies subites par l’héroïne Ru Meng sont cruelles et humiliantes. L’optimisme souriant du personnage et sa clownerie lunaire en font une figure des plus attachante et la voir si épouvantablement traitée pince le cœur. E Jingwen est encore plus poignante que le protagoniste dans le King of Comedy original à la fois parce que c’est une femme et par la correspondance méta entre elle et son rôle. En effet, ayant longtemps travaillé comme figurante, elle a dû souvent connaître le même type d’expérience que son alter ego fictif, c’est une cendrillion plus vraie que nature.
Le Déchéance d’un connard
Le jeu de balance tragi-comique de New King est encore, plus prononcé avec le second personnage de Me Ke, la vedette « has been » incarné par Wang Bao-jiang. Celui-ci joue un type de protagoniste récurent dans les comédies de Chow (en particulier Sixty Millions Dollars Man et God of Cookery) celui du connard arrogant qui doit passer à travers une déchéance bien méritée. Flirtant autant avec l’autoparodie, la satire et la référence méta, la prestation de Wang dans se rôle s’avère autant désopilante qu’étrangement touchante.
Le désir par Chow de mettre en valeur le talent des nouveaux venus qu’il a recruté ne se limite pas à E. Jianwen. La plupart des rôles parlants sont également joués par des débutants ou des inconnus qui ont presque tous droit à leurs propres moments comiques ou dramatiques; qu’il s’agisse de la grosse colère tempétueuse d’un assistant-réalisateur, du tough love d’un père ou du baratin condescendant d’un séducteur. Il y a également une grosse scène d’audition ou une demi-dizaine de candidats démontre leurs petits talents.
Du Mo tai lau surréalsite a un nouveau néo-réalisme comique.
Si la comédie présentée dans New King est toujours loufoque et allumé, il n’a plus le caractère absurde, frénétique et bédéesque du mo tai lau, la forme d’humour associer à Chow. L’emploi récurrent de longs plans-séquence donne au contraire un ancrage réaliste au film. Plusieurs scènes sont ainsi tournées en un seul plan. Cette approche met en valeur le jeu des comédiens, permet des transitions comédie — drame/drame-comédie sans coupure et donne une qualité immersive au récit.
Stephen Chow n’est pas le seul metteur en scène crédité pour New King Of Comedy, on retrouve également Herman Yan de même que deux nouveaux venus : Xiao He et Huang Xiao Peng qui a un petit rôle dans le film. Formé comme chef opérateur/directeur de photographie Yau a due contribuer à la mise en scène des plans séquence du film. Quant à l’aide qu’ont dû fournir Xiao et Huang aucune information n’est disponible sur le sujet. Ils ne sont crédités que pour ce film dans la Hong Kong Movie Databse ce qui suggère que comme la plupart des acteurs du film ils sont des nouveaux venus découverts et recrutés par Chow. Ce dernier a également engagé un nouveau groupe pop féminin Jí fēng shào nǚ afin de chanter la chanson thème du film.
Chow fait quantité de clins d’œil au premier King dans son remake avec par exemple la reprise d’un gag quasi identique joué avec le même comédien qu’il y a 20 ans. Une scène du premier film avec les personnages de Stephen Chow et Cecilia Cheung est également récréée pour un gag méta. Malgré ces reprises, le film ne donne pas l’impression d’être gratuitement dérivatif. C’est qu’il y a quand-même une quantité appréciable de différences et New King se révèlent être un film plus consistant et aboutie tant dramatiquement que narrativement que le film original.
Un roi bien modeste.
New King of Comedy n’a couté que 8 millions et constitue la plus petite production depuis les débuts de Chow en tant que cinéaste. Commencé en octobre 2018, le tournage n’a duré que quelques semaines et était prêt dès la période des fêtes du Nouvel An chinois trois mois et demi plus tard. King of Comedy est sortie le 5 février 2019, le même jour que le film de science-fiction chinoise : The Wandering Earth et un nouveau Jackie Chan ; Knight of Shadow. Si New King a fait bien mieux que le film de Jackie, il c’est quand positionné au quatrième rang aux box-offices hebdomadaires chinois. Enfin de compte, il s’est retrouvé à la 63e position au box-office annuel, tout un recul par rapport The Mermaid le dernier film de Chow qui s’était classé au premier rang en 2016. Production modeste et presque sans vedette, New King of Comedy n’a pas le poids face à une superproduction cosmique comme Wandering Earth. D’un autre côté, de nombreux commentaires sur le NET affirment qu’il s’agit du meilleur film de Chow depuis plusieurs années.
Durant la promotion du film, Wang Bao-qiang a raconté que lorsqu’il travaillait comme simple figurant, le King of Comedy de 1999 aura été une source d’inspiration lors de temps dur et qu’il aura rêvé pendant longtemps de collaborer avec Chow. Malgré le manque de succès relatif de New King of Comedy, le film ne manquera pas d’inspirer une nouvelle génération d’aspirants acteurs au cours des années à venir. Le film constitue un bel hommage à la persévérance et à la validité des rêves et l’espoir de les réaliser.
Conclusion
Au-delà de sa verve comique et dramatique efficace de même que la prestation drôle et touchante de E Jianwen et Wang Bao-qiang, New King of Comedy, présente également une avancée notable de la part de Chow dans le traitement du tragi-comique et de la mise en scène. C’est tout à son honneur que ses efforts se font en conjecture avec sa volonté de découvrir et mettre en valeur de nouveaux talents. Pour toutes ces raisons, New King constitue un film à voir.
À noter que le film de Derek Yee, I am Somebody prend également comme sujet la vie de figurants dans un studio de cinéma et est également joué par des illustres inconnues.







