Chuchotements  dans  la brume : MOLOCH  (Pays Bas/2022)
Metteur en scène :  Nico van den Brink.

Liens: IMDb, Fantasia 2022, Wikipedia (anglais)

La découverte de momies anciennes dans une tourbière semble éveiller un mal ancien dont est victime une famille réputée maudite par la communauté rurale de la région.

En provenance des Pays-Bas, Moloch constitue un fort bon exemple d’horreur folklorique (Folk_horror). Le point de départ de l’intrigue sont les momies des tourbières momies des tourbières que l’on retrouve occasionnellement en Europe du nord.

Après un prologue fort accrocheur, le film se concentre sur une famille et leurs relations interpersonnelles marquées entre autres par une relation fille-mère très tendue. Bien que fort bavard par moment, la création d’atmosphère au sein d’une région de tourbière fait que Moloch reste adéquatement brumeux tant dans son ambiance que son intrigue.

Le deuxième tiers est marqué par une invasion de domicile éprouvante alors que le mystère se met en branle. En dépit de quelques moments-chocs, c’est un film qui privilégie la création d’ambiance glauque et de malaises interpersonnelles plutôt que la surenchère graphique bien qu’il y ait des sursauts occasionnels. Pendant une bonne partie du film celui lui ressemble plus à un polar nébuleux qu’un récit d’effroi.  

Le casse-tête fantastique prend forme au dernier tiers avec l’emploi d’un leurre astucieux qui aboutit à une conclusion effroyable à souhait. Bien qu’il prend son temps, que l’approche du surnaturel reste sobre et que certains détails soient prévisibles, Moloch ne s’avère pas moins être un folk-horror contemporain des plus adéquat.

Moloch est le type de film qui devrait être idéalement vu deux fois pour découvrir les indices indiquant la véritable nature du mystère. Ayant déjà vu un film d’horreur néerlandais Sint, présenter à fantasia il y a une douzaine d’années j’ai été intrigué par le thème commun aux deux films où un mal ancien fait des retours cycliques.  

Le nouveau démon des rêves : HARBINGER

Metteur en scène :  Andy Mitton
Liens: IMDb, Fantasia 2022, Wikipedia (anglais)

Harbinger : Présage funeste en langue anglaise.

Pendant la Pandémie Covid, Monique  vit en sécurité avec sa famille. Mais voilà qu’une amie du collège lui lance un appel au secours des plus urgents. Malgré les risques, elle fait le déplacement et apprend que l’amie souffre de terribles cauchemars qui la poussent vers un précipice de désespoir. Or, la nuit venue, Monique découvre qu’elle aussi se met à faire des cauchemars des plus effroyables. Quelque chose ou quelqu’un cause ces afflictions oniriques terrifiantes qui menacent non seulement l’équilibre mental des victimes endormies, mais même leurs vies. 

The Harbinger est un film d’effroi inspiré des nombreux malaises psychosociaux suscités par la crise pandémique de 2020-22. Tous les personnages sont en isolement préventif, la peur pèse lourd tant dans l’ambiance que la psyché des personnages et une menace indicible se propage comme un virus.

Harbinder est vraiment excellent dans sa première moitié avec sa création d’une ambiance glauque pesante, ses personnages anxieux désespérés et ses scènes oniriques déboussolâtes. Prédateur des cauchemars comme Freddy Krueger de Nightmare on Elm Street (aka Les Griffes de la Nuit) le croque-mitaine de Hardbinger ne fait néanmoins que des apparitions fugaces et muettes. C’est l’ambiance « hantée » des passages oniriques qui communique l’aura de menace et d’effroi insidieux du film, une approche plus abstraite, mais tout aussi efficace que celle pratiquer par Freddie.

Malheureusement Harbinger est moins aboutie dans sa seconde moitié. Il est d’abord plombé à mi-chemin par une exposition quelque peu laborieuse du croque-mitaine et de son modus operandi. Et puis, surtout, il y a le dénouement qui semble justement tricher avec le mode d’opérations du démon tel qu’établi dans le film. Pareil fin risque de frustrer bien des spectateurs. Il faut toutefois reconnaître que c’est exactement l’émotion que le film aura cherché à susciter pour la conclusion et qu’il est conforme à la convention des retournements terribles typiques des films d’horreur.  

Une fin vexante et quelques maladresses ne gâtent pas complètement Harbinger tellement sa première moitié est forte. L’héroïne plait aussi beaucoup tant par son empathie altruiste que sa force de caractère. Un choix intéressant du film est de faire de l’héroïne et de sa famille des Afro-Américains alors qu’ils auraient fort bien pu être des Caucasiens. 

Un professeur de cinéma présent dans la salle a fait une remarque intéressante après le visionnement. Selon lui, comme Harbinger s’est inspiré de la pandémie, il risque de paraitre daté très vite. Le film réussit quand même à capturer cette période de malaise et en tant que tel constitue un témoignage des plus pertinent. N’eût été son dénouement problématique, il aurait pu être considéré comme une excellente réussite d’effroi filmique.