Mit en scène par Terry Gilliam.
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Inspiré du court-métrage en roman-photo la Jetée de Chris Marker, Les Douze singes de Terry Gilliam est généralement vue comme un récit de voyage temporel culminant sur un stupéfiant paradoxe. À se canevas de base s’ajoutent également une fable pessimiste sur le déterminisme de même qu’une tragique histoire d’amour.  

Trente ans après que 99 % de l’humanité ait été décimé par un virus, un survivant en envoyé en mission dans le passé. Or une fois arrivé sur place, il a tôt fait d’être envoyé à un hôpital psychiatrique à cause de son histoire complètement incroyable. C’est là qu’il fait deux rencontres cruciales avec la psychiatre qui traite son cas et un autre patient également perturber. Sans le savoir, l’homme du futur met en place des éléments qui vont déterminer son avenir.

Une histoire hallucinée par un protagoniste non fiable.

Le fait est toutefois, que pour les deux tiers de son récit, Douze Singes s’évertue diligemment à mettre en doute la fiabilité du point de vue du protagoniste. Le film de Gilliam  prend en fait la démarche opposée du Terminator un autre film centré sur un émissaire du futur rescapé de l’apocalypse. Dans cette histoire il n’y a aucune remise en question de la réalité de ce qu’il raconte et de la menace qu’il combat.  



Par contre, dans Douze Sings il y a toute sorte de stratégies tant dans la narration, la mise en scène et le jeu des acteurs pour faire douter de la crédibilité du protagoniste et de se qu’il a réellement vécu.  L’ambiance claustrophobique du film mit en relief par d’incessants cadrages obliques par exemple et le jeu fiévreux de Bruce Willis peuvent faire qu’adéquatement passer son personnage pour un fou en plein délire. Même si certains passages du récit du film sont censés se dérouler dans un avenir dystopique, leurs allures hallucinées semblent suggérer implicitement que ces moments pourraient bien être imaginaires.

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Cette non-fiabilité du protagoniste est d’autant plus possible de la part de Gilliam un cinéaste qui s’est fait un spécialité de se genre de mise en abime narrative comme le démontre amplement les dénouements de ces deux films les plus renommés Baron Münchausen et Brazil. De plus le film précédent de Gilliam The Fisher King étaient centré sur un vrai fou délirant alors que le suivant Fear and Loathing in Las Vegas a un protagoniste qui hallucine  à cause des drogue.

Une dénouement doublement paradoxale

Ce n’est dans la dernière partie que Douze Singes que le film met enfin cartes sur table. Le récit laisse tomber son bluff de l’équivoque et met en place les pièces pour son  dénouement paradoxale.  La conclusion révèle  toutefois que les perceptions et les actions du protagoniste (et par ricochet la compréhension des spectateurs du film) ont bel et bien été manipulées à son insu. Si enfin de compte le récit de Douze Singes n’est pas d’un fou, il n’en n’a pas moins d’une tournure sciemment paranoïaque.   

Jeu de cache-cache remplie de fausses pistes dans un labyrinthe narrative et temporel disjoincté  Douze Singes est une œuvre qui invite au visionnement multiple afin de décortiquer tant ses mystères confondant que la démarque baroque/maniéré de Gilliam en tant que raconteur et metteur en scène. Les prestations bluffantes des acteurs valent aussi le détour; Bruce Willis bien sur avec son air perpétuellement givrer, mais aussi Brad Pitt en ahurie fantasque plein de tics.

Conclusion.

Il est intéressant de noter que bien que Gilliam soit bel et bien l’auteur du film il n’est pas celui qui l’a créée et que le scénario n’est pas de lui. L’idée de faire un remake de la Jetée est venue à un producteur qui a d’abord engagé des scénaristes : David et Janet Peoples. Ce n’est que par la suite que Gilliam est entré en scène.  

Vingt ans après Douze singes le film  celui-ci aura  inspiré une série TV qui a duré quatre saisons totalisant : 52 épisodes entre 2015 et 2019. C’est en 2020 qu’a eu lieu la crise pandémique donnant une actualité troublante à la prémisse de Douze singes qui imaginait un futur avec une humanité décimée par un virus. C’est une autre excellente raison pour revisiter le film de Gilliam étrangement pertinente a notre monde moderne en pleine glissade dans l’instabilité et le déséquilibre chaotique.