2024 a marqué le retour à Fantasia d’un nouveau film du cinéaste martial Xu Haofeng : 100 Yards. Un authentique pratiquant martial qui se double d’un écrivain, Xu c’est lancé dans le cinéma d’abord comme scénariste (avec The GrandMaster de Wong Kar Wei) puis metteur en scène à partir de 2012. Il a longtemps chorégraphié l’action de ces films adaptés de ses propres écrits100 Yards est le premier film qu’il a coréalisé avec un autre; son propre frère Xu Junfeng.
Tout comme Final Master, le 3e film de Xu, l’intrigue de 100 Yards se situe à Tianjin au cours des années vingt alors que la ville est le haut lieu de la pratique martiale en Chine du Nord. Le fils d’un maitre défunt veut à tout prit affronté le successeur désigné de l’école que son père a fondée dans un grand duel afin de résoudre la rivalité entre les deux hommes. La médiation des ainés de l’école qui imposent des règles strictes de protocoles complique les choses de même que toute sorte de manœuvres secrètes. Le duel aura lieu, mais le fils du maitre fera face à bien d’autres adversaires que juste le successeur.
Deuxième film de Xu à être situé à Tianjin avec une intrigue tournant autour de duels et de cabales secrètes au sein d’une communauté martiale, 100 Yards semblent faire un peu dans la redite même si les motivations des personnages et des cliques sont différentes de ce que l’on retrouve dans Final Master. Une narration conduite en zigzag, des personnages secrets et une emphase sur des codes de conduite opaques sont tous des traits récurrents dans les intrigues des films de Xu et habituellement ils sont captivants. Dans 100 Yards cependant Xu pousse peut-être ses stratégies narratives un peu trop loin ce qui plombe un tant soit peu.
Malgré les reproches qu’il peut y avoir face à l’originalité de l’intrigue et de sa conduite, il y a quand même suffisamment d’éléments accrocheurs pour susciter l’intérêt. On retrouve notamment un trio de femmes fatales qui par leurs mystères et leurs personnalités sont plus intrigantes que les deux protagonistes masculins. La façon dont Xu traité de l’hybridité dans ses emprunts à d’autres genres (notamment le film noir et même le western), chez certains personnages (l’eurasienne) de même que dans la ville de Tianjian elle-même, attire aussi l’attentionmême si cela ne consiste qu’en fin de compte que de simples coups d’œil. 100 Yards est par ailleurs le premier film de Xu a montré des artistes martiaux d’Occident qui affronte le héros chinois.
Comme toujours dans un film de Xu les combats sont filmés avec réalisme rapidité, et précision dans des plans larges laissant toute la place à la prestation physique des acteurs, la chorégraphie et la mise en scène. Une séquence martiale à mi-chemin du film est particulièrement ludique parce qu’on y voit un des personnages féminins du film être pourchassé dans les couloirs d’un spa et qu’elle assomme au fur et à mesure ses poursuivants quand ils la rattrapent.
Le dernier quart du film totalisant à peu près 30 minutes voit le protagoniste principal faire face à deux douzaines d’ennemis dans une variété de lieux; travers Tianjin. Ce qu’il y a d’intéressant à voir est que le protagoniste connait des difficultés contre ses adversaires parce qu’il n’est pas familier avec armes dont il se sert.Comment va-t-il se tirer de se mauvais pas?
Il est intéressant de noter que Xu n’est pas crédité comme chorégraphe ou action director de 100 Yards, tâche qu’il occupait dans ces quatre premiers films. Yards marquent également sa première collaboration connue avec son frère Xu Junfeng dans la mise en scène. Ce travail commun est bénéfique au film qui est d’une grande élégance formelle dans son emploi de panoramiques et de traveling ce qui avec la direction photo et la trame musicale donne au film un lustre stylistique exceptionnel.
100 Yards n’est pas le meilleur film de Xu, et n’est pas le film qu’un nouveau venu devrait voir pour faire connaissance avec l’œuvre du cinéaste :Sword Identity et Final Master sont des meilleurs choix. Pour un amateur de films martiaux toutefois, 100 Yards ce visionne comme un mélomane écoute la musique de J-S Bach, en gouttant son élégance formelle exquise, ses passages virtuoses et ses multiples subtilités. 100 Yards est un film qu’il faut plus d’un visionnement pour prendre sa pleine mesure.




