Deux films québécois présentés à Fantasia sont sortis en salle au cours du mois d’aout, L’un dresse un portrait aussi troublant que malsain de la masculinité contemporaine et l’autre est une fable fantaisiste réimaginant de façon poétique une période sombre du Québec.

Jour de Chasse traite de la toxicité masculine et la lâcheté ordinaire à travers la mésaventure dramatique d’une jeune effeuilleuse et d’un immigrant africain dans un coin perdu du Québec. Ceux-ci ont eu le malheur d’accompagner une bande de potes au cours de leurs parties de chasse.

Pareille prémisse aurait pu donné lieu à un film de survival horror similaire par exemple ce que l’on retrouve dans The Hunt et Revenge mais la cinéaste et scénariste Annick Blanc dont c’est le premier film, a pris un chemin à la fois plus réfléchie et déroutant. Tourné dans les régions boisées sauvages du Québec le film est visuellement superbe et présente le male toxique québécois  dans toute splendeur monstrueuse  c’est-à-dire égoïste, veule et stupide. Au cœur du film on retrouve également une actrice formidable : Nahéma Ricco qui crève l’écran avec son charisme et la façon qu’a son personnage plein de bagou de navigué au sein une meute de males dominateurs ou abrutis.

Le scénario et la progression narrative s’avèrent souvent problématiques cependant. Le film joue en effets avec les attentes et certaines conventions du film de genre, mais prend en fin de compte des tournures inattendues pouvant être fort déconcertantes. C’est ainsi que le film s’avère être plus thriller existentiel carburant au malaise plutôt qu’un film de suspense et d’effroi. Dépendant de la sensibilité de chaque spectateur, les choix singuliers de l’intrigue peuvent alors paraitre soit audacieux soit confus, voire maladroits. Un élément particulièrement douteux par exemple est l’emploi du cliché du magic negro avec la figure de l’immigré africain. C’est que celui-ci sert plus d’outil narratif plutôt que d’être un véritable personnage.  

Si on peut saluer l’ingéniosité de même que l’audace de la scénariste/metteur en scène pour son choix de sortir des sentiers battus et que Jour de Chasse est indéniablement d’une grande force tant dans sa beauté visuelle que le drame misanthropique qu’il présente , l’intrigue du film  peut paraitre également être trop facile ou trop laborieux par moment. Cela donne l’impression que ce n’est pas une œuvre complètement maitrisé et abouti. Ultimement c’est le personnage de son héroïne indomptable qui est le plus convaincante. C’est le roc du film qui vaut la peine d’être vu juste pour elle.

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 Il est important de noter que Jour n’est pas le premier film de chasse dans le cinéma québécois à traiter de malaise entourant la masculinité. Il y a aux moins deux prédécesseurs significatifs. Le premier est Le Temps d’une Chasse datant de 1972 et le second est le documentaire dramatique La Bête Lumineuse  datant lui de 1982. Dans ces deux œuvres le male québécois en prend pour son grade et Jour de Chasse des décennies plus tard dresse un portrait encore plus féroce.  

Les deux films sont disponibles sur YouTube dans leurs intégralités.

Le film de clôture de Fantasia a été Ababouiné d’André Forcier  considéré par plusieurs comme « L’enfant terrible. du cinéma québécois. Son œuvre filmique a cherché à dresser le portrait d’un Québec populaire transcendé par une verve comique aussi imagée qu’irrévérencieuse et surtout une fantaisie surréaliste tenant du réalisme magique.

Ababouiné est un terme périmé issu du vieux normand : “Se dit d’un bateau arrêté en plein océan par un calme subit. C’est la situation métaphorique qui est présentée dans le film se déroulant durant la période dite de la Grande Noirceur au cours duquel le clergé du Québec imposait une autorité religieuse conservatrice sur la population du Québec. L’histoire racontée prend la forme d’une fable tant par son ton facétieux que ces péripéties rocambolesques dont quelques une font carrément dans le merveilleux.   

Un homme chat aux griffes poilu, le cœur embaumé du Frère André  une garde de zouaves pontificaux et un livre servant de McGuffin répertoriant les mots désuets ou imaginaires sont quelques un des éléments donnant au film sa saveur aussi délirante que ludique. Tout le récit se déroule dans le quartier ouvrier de Montréal surnommé le Faubourd a M’lasse donnant une teneur savoureuse au film tant dans sa ambiance que ces dialogues.

Avec Ababouiné on peut vraiment dire que Forcier règle ses comptes avec le clergé et la religion qui aura obscurci le Québec pendant sa propre jeunesse avec toute sorte de facéties impertinentes. Par exemple il tire vraiment des boulets rouges avec sa façon aussi farfelue que grotesque de décrire les relations ambiguës entre un vicaire corrompu et un cardinal suffisant.

Toutefois les dénonciations ne sont pas toujours drôles, notamment lorsque le film aborde les abus sexuels des déviants du clergé. Ces moments sont troublants, mais heureusement assez discrets et brefs. Le dénouement peut sembler aussi brusque que gratuitement outrancier, mais il est consistant avec l’esprit anarchiste et fantasque propre à Forcier.

Ababouiné est sortie en salle au Québec le 23 aout et va probablement se retrouver à quantité de festival de cinéma internationaux ici et là. C’est un film voir tant pour son regard décapant et poétique des plus original et ce qu’il révèle à la fois des Québécois et de Forcier lui-même.

Liens sur Ababouiné :

Médiafilm

La Presse

Le Devoir

Bande annonce de quelques film d’Andée Forcier