Critique publié à l’origine sur le site de la revue de cinéma Séquence en 2018.
Scénario et mise en scène : Coralie Fargeat
La partie de chasse d’un trio d’homme d’affaires vire au vinaigre lorsque la maitresse de l’un d’eux est violée par un de ces partenaires. L’amant résout le problème en se débarrassant de la victime de manière aussi expéditive que violente. Laissé pour morte en plein désert la jeune femme ne va pas non seulement survire, mais cherché à se venger de ses agresseurs.
Revenge est un thriller du genre « rape and revenge » qui a la particularité d’avoir été écrit et mis en scène par une femme, Coralie Fargeat dont c’est le premier long métrage. À l’ère du mouvement MeToo, c’est une particularité intéressante.
Revenge n’en reprend pas moins grosso modo le schéma typique du « rape film »; une trame en trois actes : viol, survie, vengeance, avec une représentation très graphique de la violence. Le « regard féminin » que la réalisatrice porte sur le genre se manifeste d’abord par une représentation plus authentiquement « féministe » de la protagoniste jouée avec beaucoup de cran par Mathilda Lutz . On devine ainsi très vite que son apparence initiale de poupée de luxe n’est qu’une façade. Chacune des crapules males se voit également attribuer des tares machistes distinctes auquel on a quand-même donné une graine d’humanité afin de ne pas juste en faire des caricatures trop bêtement simplistes sans relief et donc sans intérêt.
L’ensemble du film se déroule en plein désert. Grâce à une cinématographie, saturée le jour, ténébreuse la nuit, cet environnement donne au film une ambiance quasi hallucinée. Un score électro accentue cet aspect alors que le gore exagéré des blessures et l’étalement copieux de sang rouge et gluant ajoutent une dimension quasi surréaliste à la violence. C’est particulièrement évident dans le dénouement : une poursuite mémorable alors que deux corps patinent sur des flaques d’hémoglobine écarlate.
Coralie Fargeat derrière la caméra et Mathilda Lutz devant, ont chacun à leurs façons beaucoup de présence et Revenge exploite avec superbe leurs talents respectifs. On pourrait reprocher au film quelques facilités ou invraisemblances trop évidentes et d’être typiquement complaisant dans sa violence comme la plupart des films viol et vengeance de tendent à l’être. Revenge n’en pas moins est un thriller stylisé aussi intense que viscéral qui actualise de façon pertinente et inusitée un genre sulfureux. À voir si vous avez le cœur bien accroché.










