Aka: Ravanous
Scénario et mise en scène : Robert Aubin.
Le cinéma québécois n’a pas fait souvent dans le genre de l’horreur ou même dans le cinéma fantastique tout court. Lorsque cela arrive, les résultats sont en général assez fades ou bancals. Ce n’est pas quelque chose que l’on puisse dire des Affamés un film de zombie « made-in Québec » produit en 2017.
Les Affamés ne se distingue pas vraiment par sa trame dans lequel une petite bande de survivants erre dans un no man land rempli de zombies hurleurs d’où une succession de situations dangereuses dans un climat anxiogène aiguë. C’est le trope habituel des films avec ce type de créatures qui a même été parodié/satiriser dans le diptyque des Zombieland.
Le réalisateur Robin Aubert tourne toutefois avec de très longs plans-séquences lui permettant de jouer sur la durée, l’immersion et le hors champ, avec une grande adresse stylistique. En plus de magnifier l’ambiance d’angoisse et de suspense, ces séquences sont aussi d’une beauté formelle relevée grâce à la qualité de la direction photo qui met superbement en valeur les paysages pastoraux. L’enrobage sonore du film constitué du hurlement strident des zombies et d’une sorte de murmure grave languissant accentue également le climat d’appréhension prévalent. Si l’emploi de jump-scare fulgurant s’avère somme toute assez conventionnel, il y a aussi quantité d’instants qui se démarquent par leurs astuces formelles et leurs forces dramatiques. Bien que le sang gicle et que les têtes sautent, certaines ellipses narratives et visuelles créent des instants de pudeur.
La création d’ambiances et le déroulement du récit visent davantage qu’à créer la peur et le suspense typique d’un film d’horreur. En présentant des personnages qui errent sans but précis se sachant déjà presque condamner d’avance, mais qui continue d’aller de l’avant, les Affamés se révèlent être en fait un envoutant road-movie minimaliste qui vise moins a raconté une histoire qu’à communiqué un malaise existentiel tant dans l’ambiance que les états d’âme. L’emploi épisodique d’humour avec des blagues de mauvais goût viennent moins alléger l’atmosphère et égaillé les personnages que souligner leurs désespoirs.
À noter que le terme zombie n’est pas utilisé par les personnages bien que les créatures cannibales en aient la plupart des caractéristiques. Leurs origines ne sont pas non plus révélées. Pourquoi ceux-ci assemblent de grands monticules d’objets hétéroclites reste également un mystère. Un clin d’œil au film de zombies de Georges Romero peut-être.
Aubert a dit que les plus grandes influences sur les Affamés ont été Robert Bresson et Andrei Tarkovski . Ce sont des sources d’inspiration qui ne semble pas évidente pour un film de zombie tellement ce type de production ne correspond pas à l’œuvre et au thème de ces deux maitres cinéastes, mais que j’ai trouvé évidente rétrospectivement. Il y a bel et bien quelque chose d’Au Hasard Balthazar et de Stalker dans les Affamés. Le film peut être aussi adéquatement décrit comme un équivalent filmique du Cri d’Edvard Munch.
Bien que certains aspects du film son sommes toutes assez convenus et prévisible, les Affamés ne s’avèrent pas moins une œuvre marquante, avec un le haut niveau de beauté visuelle, et de gravitas hanté qui se voit rarement dans les films de zombie contemporain. Un des meilleurs films de genre jamais produit au Québec, les Affamés est vraiment une œuvre à découvrir.
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