Aka : Le Loup Garou.
Studio : Universal Picture. Mise en scène : Georges Waggner Scénario original: Curd Siomark.
Au côté de Dracula, du Monstre de Frankenstein et de la Momie, le Wolf Man, l’Homme-loup, fait partie des Universal Monsters un groupe de créatures surnaturelles apparues dans des films des Studios Universal Pictures tout au long des années trente et quarante. Il est entre en scène en 1941 avec le film qui lui donne son nom.
S’il n’a pas introduit le premier loup-garou anthropomorphe du cinéma — c’est Werewolf of London datant de 1935 qui l’a fait — The Wolf Man est cependant celui qui aurait établi le look iconique pour ce type de créature de même qu’une grande partie des conventions qui y sont liées. Le rôle-titre est joué par Lon Chaney Jr le fils du légendaire Lon Chaney l’homme aux mille visages, alors que deux autres figures majeures des débuts du cinéma d’horreur américaine Claude Rains et Bela Lugosi joue des rôles secondaires.
Comme le Monstre de Frankenstein et la Momie auparavant le look de l’homme-loup a été conçu par le maquilleur Jack Pierce en utilisant notamment de longs poils de yak. Fauve velu avec, museau, griffes et crocs, les seules traces des origines humaines de la créature sont des vêtements déchirés. Les transformations du lycanthrope consiste en une succession de fondus-enchainés; la première montrant des jambes de plus en plus velues, les autres centré sur visage qui d’homme loup redevient humain.
Une série B.
The Wolf Man n’a pas le cachet visuel que l’on retrouve dans les premiers films d’horreur des studios Universal. Ceux-ci avaient bénéficié d’une mise en scène et d’une direction photo inspirées par l’esthétique de l’expressionnisme allemand qui leur donnait une ambiance envoutante d’ombre et de lumière. Bien que Wolf Man soit adéquatement gothique tant en esprit qu’en ambiance, notamment avec son thème de l’homme maudit et ses décors de château ou de boisé embrumé, il n’a pas la poésie macabre un tant soit peu envoutante des films de monstres de la Universal produits pendant de la première moitié des années trente.
C’est que dans la seconde moitié le studio avait recalibré ces films d’horreur en série B. Le budget alloué au Wolf Man par exemple était la moitié de celui donné à Dracula. Le film n’aura pas non plus bénéficié du talent d’un metteur en scène de premier ordre comme James Whale. À la place Wolf Man a été produit et mit en scène par Georges Waggner un réalisateur de western, d’horreur et d’aventures à budget modique.
Des créatures comme le Monstre de Frankenstein et la Momie étaient remarquablement expressives les rendant aussi effroyables et menaçants que pleins de pathos. Or si Cheney Jr est terrifiant en homme loup, son maquillage ne lui permet guère d’exprimer que de la férocité animale. Cela ne donne pas un grand relief au monstre. Celui-ci a d’autant moins l’occasion d’’être autre chose qu’effrayant que son temps à l’écran dans le film est limité à quelques minutes à peine. C’est son alter ego humain qui est vraiment émouvant avec son grand regard hagard et effaré.
Un homme damné victime de la fatalité.
Contrairement aux autres monstres pouvant se transformer en créatures maudites et qui méritaient leurs sorts, parce que maléfiques, l’homme qui devient un loup-garou n’a lui rien à se reprocher. Son malheur est d’avoir été mordu par un loup garou et ainsi d’être condamner à en devenir un lui-même.
Plus que la terreur suscitée par l’apparence et les attaques d’une créature terrifiante la teneur de l’effroi dans Wolf Man se retrouve donc à être centré sur les angoisses du protagoniste au fur et à mesure qu’il réalise ce qu’il est devenu. Son désarroi est d’autant plus grand qu’il n’a aucun souvenir de ces actes commis durant sa transformation. Cela donne une tournure spécialement tragique au personnage.
Un autre aspect significatif de Wolf Man est que la créature n’est pas un étranger aux origines exotiques vagues et qu’il est incarné par un américain au lieu d’un anglais (comme Boris Karloff) ou d’un Européen (comme Lugosi). Le monstre ne peut donc pas être défini comme étant « un autre » à la fois mystérieux et inquiétant comme l’étaient auparavant Dracula et la Momie. Certes la source du mal responsable du malheur frappant le protagoniste est un gitan maudit incarné par nul autre que Bela Lugosi lui-même, mais Wolf Man n’en présente pas moins un nouveau point de vue sur le monstre un peu plus intime et sensible. C’est peut-être là, la contribution la plus innovante de Wolf Man pour le cinéma d’horreur.
Un scénariste aux abois
C’est le scénariste Curd Siodmak qui est la personnalité clé de Wolf Man en écrivant le script original du film. C’est lui qui a conçu ou consolidé les conventions régissant le film de loup-garou, créer un héros particulièrement tragique, vue selon une perspective inédite et inventer quelques dictons poétiques bien sentis : « Même un homme au cœur pur et qui fait ses prières la nuit/peut devenir un loup lorsque l’aconit fleurit et que la lune d’automne est brillante. »

Selon Siodmak lui-même son récit d’un homme traqué tant par un destin implacable que par des hommes chassant la bête qu’il est devenu est inspiré à la fois par tragédie grecque, de même que sa propre vie. C’est que réfugié juif allemand fuyant le régime nazi dans les années trente Siodmak a vécu en homme aux abois pendant plusieurs années.
Le nouveau croque-mitaine Universal.
Le succès commercial que Wolf Man remporta à sa sortie relança le cinéma d’effroi du Studio Universal et imposa le Wolf Man comme nouveau croque-mitaine. Devenu une vedette du cinéma d’horreur Lon Chaney Jr rejoua un loup-garou dans trois suites et une parodie, mais jamais en solo, toujours en compagnie du Monstre de Frankenstein, de Dracula ou des deux à la fois.
The Curse of the Werewolf des Studios Hammer avec Oliver Reed et la longue série des Hombre Lobo mettant en vedette Paul Naschy sont deux dérivés du look gothique et du drame tragique d’abord initier par the Wolf Man. Le film sera l’objet de remake plus ou moins fidèle en 2010 avec Benicio Del Toro et un second est prévu pour 2025. Le maquillage du loup-garou conçu par Jack Piece restera le look standard de la créature pendant quarante ans jusqu’à American Werewolf et de Howling en 1981.
Historiquement, The Wolf Man est le premier film de loup-garou marquant du cinéma et c’est celui qui est demeuré le plus influent. Le manque de style et de poésie de Wolf Man comparer aux autres films Universal des années trente est compensé par la teneur tragique de son protagoniste et de la prestation tantôt terrifiante tantôt poignante de Lon Cheney Jr dans ce qui sera son rôle emblématique au cinéma. Encore de nos jours Wolf Man est considéré comme un des meilleurs films de Loup garou jamais fait, voir même le meilleur tout court pour certains.






















