Titre Français: Titre Chinois `Mo Fei Cui : (L’Émeraude magique)
Écrit et réaliser par Wong Jing. Chorégraphie : Tony Leug Siu-tong.

Entre septembre 1986 et janvier 1987 le cinéma de Hong-Kong a produit quatre films d’action à la « Indiana Jones », c’est à dire des récits d’aventures exotiques et rocambolesques tournant la plupart du temps autour de héros intrépides, d’objets sacrés aux pouvoirs surnaturels, et de cavernes antiques remplies de pièges. Armour of God aka Mister Dynamite avec Jackie Chan est le plus connu de ces films mais il y a également Legend of Wisely et The Seventh Curse adaptation filmique du sérial Wisely, le Bob Morane Chinois. Seventh Curse a été produit et scénarisé par Wong Jing mais ce dernier a également écrit et réalisé The Magic Crystal qui est la première des quatre productions à sortir en salle.

SYNOPSIS.

Andy, un séduisant aventurier expert en kung-fu (Andy Lau), part aider un ami en Grèce en compagnie de son jeune neveu Pin Pin (Ben Siu Ban Ban). Traqué par Interpol et le KGB, à cause d’une pierre de jade possédant d’étranges pouvoirs, l’ami la cache dans la valise de Pin Pin. Le gamin découvert que la piérre étant d’origine extraterrestre celle-ci peut lui parler et est pourvu de nombreux pouvoir incluant la télépathie et le contrôle mental. Devenu la nouvelle cible de Karov (Richard Norton), chef d’agents du KGB et redoutable combattant martial, Pin Pin et son nouvel ami extraterrestre devront compter, pour leur échapper, sur l’aide d’Andy, accompagné de Cyndi (Cynthia Rothrock), une agent d’Interpol également experte en kung-fu.

Mettant en vedette Andy Lau, Wong Jing lui-même, de même que les artistes martiaux gweilos Cynthia Rothrock et Richard Norton, Magic Crystal, en plus d’emprunter certains décors et péripéties de Raiders of the Lost Ark /Les Aventuriers de l’arche perdue s’est également approprié la prémices du plus gros blockbuster de Steven Spielberg, rien de moins que E.T., l’Extra-Terrestre. Wong a toutefois en grande partie réimaginé la trame du petit garçon et son ET pour convenir à la fois aux moyens qu’il avait à sa disposition et au gout du public hongkongais, c’est-à-dire à grands coups de scène d’action, d’humour burlesque et de sentimentalité facile. Il en a résulté que Magic Crystal est un triple exemple à la fois de films de science fiction « made in HK », de film d’action des années 80 et de film ratatouille à la Wong Jing.

LES CLONES HONGKONGAIS DES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE.

NOUVEAU DÉPART POUR WONG JING.

Magic Crystal est un point tournant dans la carrière de Wong Jing, presque même un nouveau départ puisque c’était son premier film comme metteur en scène réalisé hors des studios Shaw Brothers chez qui il avait commencé sa carrière derrière la caméra dès 1981. En cinq ans, il réalisa neuf films pour les Studios, des comédies pour la plupart, dont certaines furent les productions Shaw les plus populaires des années 80. Hélas, comme la Shaw étaient à l’époque complètement supplantée par les comédies des rivaux Cinema City et les films d’action de Jackie et Sammo Hung, les films de Wong étaient loin de se retrouver au sommet du box-office.

ANDY, CYNTHIA, BIN-BIN ET COMPAGNIE.

Wong a également un peu lorgné du côté de Sammo Hung qui était alors le grand maître d’œuvre du cinéma d’action made in HK. C’est ainsi qu’il recruta un trio d’acteurs s’étant distingués dans des productions de Sammo Hung : l’experte martiale américaine Cynthia Rothrock (vue dans Yes Madam et Millionaire’s Express), le karatéka australien Richard Norton (Twinkle, Twinkle Lucky Stars, Millionaire’s Express) et surtout l’acteur et idole canto-pop Andy Lau dont l’athlétisme martial fut révélé dans son petit rôle « guest star » de policier casse-cou dans Twinkle, Twinkle Lucky Stars. Jouant un aventurier gai luron, téméraire et irrévérencieux, son personnage est passablement calqué sur la personnalité filmique d’une autre grande idole canot pop des années 70/80 : Sam Hui vedette de la série des Aces Go Places/Mad Mission et qui était également la vedette de Legend Of Wisely.

Pour jouer le rôle du gamin, Wong engagea le jeune Xiao Bin Bin, l’enfant vedette à la fois à Taiwan et à Hong Kong à l’époque. Pour jouer la demoiselle en détresse, obligatoire dans ce genre de film, il fit appel à une nouvelle venue Sharla Cheung Man dont c’était le premier rôle au cinéma (son personnage toutefois n’apparaît que tardivement et disparaîtra bien vite). Pour l’élément comique du film, Wong recruta son pote Nat Chan qui était apparu dans presque tous ses films jusque là et se donna  pour lui-même un rôle de faire valoir comique, type de rôle qu’il reprenait presque toujours dans ses propres films. Pour assurer le cachet exotique du film, une partie du tournage s’est fait en Grèce, certaines scènes se déroulant même sur le site de l’Acropole d’Athènes. Par contre, les scènes dans la grotte truffée de pièges ont été tournées dans un studio de Taiwan. 

UN ET MADE IN HONG-KONG.

Même si une créature extra-terrestre est au cœur du récit, la façon dont Wong présente tant ses pouvoirs, son apparence et sa relation avec le gamin y est assez limité. Le manque d’affinité et d’aptitude technique du cinéma de Hong-Kong y est des plus  manifeste. .

C’est ainsi que les scènes de combat ont au moins trois fois plus de temps à l’écran que le ET. Celui-ci consiste en un simple morceau de plastique vert illuminé pourvu de quelques pièces escamotables (incluant un doigt lumineux).

En fait, l’emploi du ET de jade se résume le plus souvent à celui de simple « MacGuffin » (l’objet recherché tant par les protagonistes que les antagonistes du film) de même que source de gags loufoques.  L’ET utilise en effet ses super-pouvoirs pour jouer des tours pendables aux deux pitres du film : Wong Jing et surtout Nat Chan qui subissent une série d’avanies aussi fantaisistes que saugrenues.

Malgré l’emploi presque marginal de l’ET, l’utilisation de certains effets visuels simples, mais efficaces ajoutés au jeu à la fois béat, candide et très expressif du jeune Xiao Ban Ban compensent quelques peu les lacunes techniques du film. La relation entre l’enfant et la pierre de jade extra-terreste s’avère ainsi un tant soit peu crédible et sympathique. A noté qu’alors que dans la version origina chinois, l’ET parle avec une voix enfantine, la version francaise lui emploi une voix féminine. ,  

ACTION,

Pour diriger les scènes d’action, qui sont l’élément dominant du film, Wong Jing fit appel à celui qui était déjà son chorégraphe habituel depuis déjà quelques films : Tony Leung Siu Hung . À la vue de la quantité des affrontements et de leur virtuosité on peut le considérer comme pratiquement le co-réalisateur du film. Cynthia Rothrock et Richard Norton ont de longues scènes de combat robustes, articulées et spectaculaires démontrant amplement leur expertise martiale soit l’un contre l’autre soit contre d’autres adversaires. Muni de sai, une sorte de dague en forme de trident. , Norton en fait une des plus brillante démonstration de tout le cinéma martial. Le talent de Tony Leung Siu Hung à la chorégraphie est également bien mis en évidence par son habilité à transformer Andy Lau en un combattant martial crédible. Il se bat aussi souvent que Rothrock et Norton dans des affrontements tout aussi enlevés. La plupart du temps, il bataille dans le style kickboxeur acrobatique typique de l’époque (avec doublure occasionnelle naturellement). Toutefois, Lors d’une séquence particulermenet mémorable il emploie un parapluie comme arme  et se met à imiter la pantonyme propre au Charlot de  Charlie Chaplin qui fait sourire. La palme du moment martial le plus surprenant et délicieux doit cependant revenir à la prestation surprise de l’ancienne actrice de la Shaw Bros Wong Mei Mei, mais en dire davantage constituerait un malheureux spoiler. 

Bien qu’il soit le héros vedette du film, Andy Lau est loin de prendre toute la place et le scénario laisse presque tous les personnages, même secondaires, faire leur numéro qu’il soit d’action (Andy, Cynthia, Richard Norton), comique (Wong Jing et Nat Chan) ou de science-fiction (le gamin et son ET). Même des acteurs au rôle mineur comme Max Mok Siu Chung, Sek Kin, Shum Wai, et Shing Fui On, ce dernier dans une apparition éclair ont leurs petits moments. Les numéros comiques sont assez inégaux, la palme des plus balourds appartenant à ceux centrés sur le personnage de l’assistant ahuri et gaffeur joué par Wong Jing. À un moment donné, on le retrouve même à faire des pitreries  dans les toilettes. En comparaison, les numéros comiques de Nat Chan paraissent presque sophistiqués.

LE MÉCHANT SURPRISE : RICHARD NORTON

Toutefois, certains des moments les plus savoureusement amusants du film se retrouvent là où l’on s’y attend le moins : dans les réparties sardoniques du grand méchant joué par Richard Norton. Déjà dans les films de Sammo Hung où il est d’abord apparu, il s’était prouvé autant adepte à la réplique assassine (« C’est douloureux? ») qu’aux coups de poing. Maintenant qu’il est le méchant en chef, il a droit à des dialogues entiers jouant sur la cruauté suave et un humour des plus narquois. Loin des personnages de brutes caricaturales au jeu grossier qui est le lot habituel des acteurs gweilos, Norton a toujours su démontrer une certaine aisance et expertise tant comique que corporelle qui sied bien au cinéma hongkongais et ceci lui a permis de donner à ses méchants une indéniable distinction. Des années plus tard Wong Jing s’en souviendra et il réutilisera Norton pour un autre rôle de grand méchant dans City Hunter.

CONCLUSION.

Sorti le 17 septembre 1986, soit cinq mois avant les films à la « Indiana Jones » du Nouvel An , Magic Crystal se classa 18e au box-office local soit à peu près la même position que la plupart des comédies Shaw de Wong Jing.

Malgré le calibre relevé de ses scènes de combats, Magic Crystal n’est que marginalement reconnu parmi les fans occidentaux du cinéma hongkongais. Le film a longtemps été  considéré comme un ovni filmique, de par sa trame et ses effets spéciaux bien sûr, mais également pour sa réputation inégale. En effet, certaines critiques l’on souvent  réduit  à un médiocre nanar dont les scènes d’action sont le seul élément de qualité. C’est un peu sommaire comme évaluation bien que compréhensible de la part de quiconque n’a pas grand goût pour l’humour potache hongkongais.

Certes, le film est inégal avec son burlesque le plus souvent balourd et son scénario peu abouti (lacunes typiques chez Wong Jing), mais au-delà de ces scènes de combat qui sont en effet son atout principal, on pourrait dire que Magic Crystal bénéficie également d’une certaine exubérance communicative, d’un rythme entraînant, du charisme potable de ses acteurs et d’un certain lustre visuel amené tant par le tournage en Grèce que par la qualité de la direction artistique qui ressort surtout lors de la séquence dans la grotte piégée où se dénoue le film.

Le manque de prétention du film, sa truculence ajoutée à l’emploi d’effets spéciaux modestes, mais efficaces la plupart du temps en font un bon exemple de cinéma bis un brin niais, mais ingénieux et sympathique alors que les combats tourbillonnants en font également un excellent exemple d’un film d’action made in HK des années 80. Au final, pour ceux qui savent appréhender le cinéma « wongjinien » et son humour Magic Crystal peut s’avérer un fort bon divertissement. 

Ps : 1 : Ces dernière années une version Blue ray de Magic Crystal a été éditer en France par Spectrum et aux États-Unis par Vingar Syndrome. Le film pour être galement vue sur YUTUBE.  

PS  : 2 : En 2008, Steven Spielberg réalisa Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. Or dans ces nouvelles aventures du téméraire archéologue celui-ci est confronté à des méchants Russes pour la possession d’un crane en cristal d’origine extra-terrestre qui est éventuellement ramené à son lieu d’origine : une soucoupe volante enterrée dans une caverne ancienne remplie de pièges. Est-ce que la trame parait familière? Même le sort du méchant russe en chef dans Kingdom rappelle le sort de celui apparaissant dans Magic Crystal. De Spielberg à Wong Jing puis de Wong Jing à Spielberg, la boucle est bouclée.

PS : 3 : Plus récemment en 2011, Wong Jing produisit et coréalisa, Treasure Hunt, un autre film d’aventures exotique avec un personnage de gamin (joué par Lucas Tse fils de Cecilia Cheung et Nicholas Tse) qui d’un premier coup d’œil est une copie conforme du gamin joué par Xiao Bin Bin vingt-cinq ans plus tôt (le nom du fils de ce dernier Little Xiao Xiao Bin, a été a un moment lié à la production de ce film). Comme dans Magic Crystal jadis, Wong Jing apparaît encore une fois dans un rôle de faire valoir comique.