Titre khmers :: ការពារឧក្រិដ្ឋជន, Kapéa Ŭkrĕdthâchôn; lit. ’Protéger Criminel.
Metteur en scène: Jimmy Henderson. Scénario: Jimmy Henderson, Michael Hodgson.
Chorégraphe: Jean-Paul Ly, Dara Dour, Esa W. Sie

En 2017, les amateurs de films d’action de par le monde ont été épatés par Jailbreak un petit film cambodgien des plus exubérant. Sa distribution a inclus un cascadeur/chorégraphie franco-britannique, un expert en bokator le kung-fu cambodgien, une championne locale de MMA et une ex-vedette porno entrainer en arts martiaux.  

Un quatuor de policiers escorte un chef de gang à un pénitencier. Une fois sur place une émeute éclate organiser pour faire tuer le chef. Cerner de toute part par une meute de tôlards déchainés, les policiers auront fort à faire pour espérer sortir vivant du piège dans lequel ils se trouvent.

À la base, Jailbreak est un dérivé somme toute assez sommaire de Raid l’un des films d’action de référence des années 2010. La prémisse des deux films sert de prétexte pour une succession d’affrontements épiques se déroulant dans un seul lieu véritable labyrinthe claustrophobe. Tout comme son illustre modèle, Jailbreak a été réalisé par un expatrié occidental; Jimmy Henderson originaire d’Italie.

Un élément singulier distingue Jailbreak de Raid : l’emploi de l’humour. Celui-ci n’est guère relevé, mais dans le contexte assez intense du film il est le bienvenu. Avec un certain grotesque dans quelques personnages et situations, la comédie contribue à ajouter un certain côté second degré.  

GALLERIE DES PERSONNAGES

LES BAD GUYS


ACTION

L’ensemble des affrontements de Jailbreak font dans la mêlée générale ou une meute de taulards fonce tête première soit sur les policiers. S’en suit une succession de combats d’une grande férocité mettant en valeur l’athlétisme martial phénoménal des protagonistes. Aux poings, pieds, coudes et genoux s’ajoutent des matraques et des couteaux, mais jamais d’armes à feu. Il n’a aucun emploi d’effets spéciaux pour magnifier l’action; ni https://fr.wikipedia.org/wiki/Wire_fu, ni CGI, juste des muscles et du pur talent à cogner.

Tournée en plans-séquences continus les combats sont capturés dans toutes leurs intégrités tant dans l’espace que la durée avec une caméra nerveuse placé au cœur de l’action.

 Bien que les scènes de combats monstres de Jailbreak soient tout à fait superbes, quelques faiblesses et lacunes finissent quand même par percer. L’approche chorégraphique demeurant la même et se déroulant dans les mêmes types de lieux, les affrontements deviennent quelque peu répétitifs à la longue. Les duels vers la fin aussi tendent à finir de façon plutôt expéditive comme si soudainement le chorégraphe réglant les combats  décidait qu’il était temps d’en finir.  Bref le niveau et qualité d’action du film se dégonfle un tant soit peu dans son dernier tiers. 

Aussi électrisants que soient les protagonistes martiaux de Jailbreak, il faut reconnaitre que leurs charismes sont très moyens lorsqu’ils ne se battent pas et qu’ils ne jouent que des ébauches de personnages. Certaines frictions entre ces personnages sont suscitées pour leur donner un peu de relief et créer de la tension dramatique entre deux combats. Il y a également quelques blagues particulièrement bienvenues ou on se paye la tête d’un protagoniste ou d’un cliché convenu.

GENÈSE DU FILM

Jailbreak fait partie des films de genre créer par un jeune producteur franco-cambodgien Loy Te afin de diversifier le cinéma du Cambodge et pouvoir séduire un public autant local qu’international. Jimmy Hendesron est le metteur en scène, mais également le co-scénariste du film. 

En vue du succès international rencontrer par le Raid, s’en inspirer pour produire un film d’action martial a dû sembler une excellente idée pour Loy Te et Henderson. Le seul problème, était le fait que le cinéma cambodgien n’avait aucune expertise dans le cinéma d’action, pas même une équipe de cascadeurs expérimentés. Les deux chorégraphes du film Jean Paul Ly et Dara Ou ont eu à former leurs propres recrues pour leur apprendre à faire des chutes, réagir aux coups et se battre de façon crédible à l’écran.  

Si le metteur en scène, le directeur photo, le scénariste, le monteur et le compositeur sont d’origine étrangère, l’ensemble de la distribution est cambodgien à l’exception des français Jean Paul Ly et Céline Tran.

Tout comme les films de Gareth Evans  (Meranto , The Raid I et II )Jaibreak mettaient en valeur l’art martial indonésien du Pencak-Silat on aura décidé de faire de même dans Jailbreak avec le Bokator l’art martial du Cambodge. Due à la distribution franco-cambodgienne les dialogues de Jailbreak sont à la fois en khmers, en français et en anglais. 

IMAGES DU BOKATOR CAMBODGIEN

Le budget alloué au film c’est élevé à 250 000 $ soit un quart de celui de Raid. Supposé se dérouler dans un pénitencier le film a en fait été tourné dans une école désaffectée. Le tournage c’est étalé sur 34 jours avec une seule caméra. La décision d’ajouter un degré d’humour au film est venue tardivement alors que le tournage était déjà commencé.


SUCCÈS DU FILM

Premier long-métrage d’action du Cambodge Jailbreak aura connu un succès local historique d’abord dans son propre pays puis d’autres nations d’Asie et finalement à travers le monde en faisant la tournée de quantité de festivals internationaux. En 2018 il fut même acheté par Netflix assurant sa diffusion à la télévision travers toute l’Amérique du Nord.

Par la suite, Jimmy Henderson et Jean Paul Ly auront tourné un second film d’action cambodgien, The Prey avec une distribution presque entièrement renouvelé incluant des acteurs chinois et thaïs.

 Cela dit contrairement à ce qui est survenu avec The Raid et une décennie plutôt avec le film d’action Ong Bak , aucun des acteurs de Jailbreak n’auront percé comme Tony Jaa et Iko Uwais Jean Paul Ly a continué sa carrière comme cascadeur et chorégraphe, mais n’a plus tenu de rôle important dans de longs métrages. On peut ainsi dire qu’après avoir connu ses 15 minutes de gloire le cinéma d’action cambodgien ne semble plus s’être distingué.

CONCLUSION

Bien que Jailbreak soit une production foncièrement dérivative et de facture bancale c’est un film qui a de l’énergie à revendre tant devant que derrière la caméra. Quand on considère que cette production été bricolé à partir de presque rien le résultat final constitue une prouesse très impressionnante.   C’est un film d’action brut aussi ludique que galvanisant dans lequel la débrouillardise et l’enthousiasme investi par le réalisateur, les acteurs martiaux et les techniciens est aussi bien mit en valeur que la férocité des affrontements ce qui ajoute à un charme conquérant.

Lien spécial: entrevu (en anglais) avec le metteur en scène Jimmy Henderson sur Jailbreak