Titre original chinois : : 捕風追影/Bǔfēng zhuīyǐng/ Attraper le vent / Chasser l’ Ombre,.
Écrit et réalisé par Larry Yang
Ces dernières années, chaque nouveau film de Jackie Chan a la réputation d’être médiocre ou raté. Quelques-uns d’entre eux ont même eu recours aux effets spéciaux de synthèse soit pour le rajeunir soit pour le voir batifoler avec des pandas. On est biens loin de Jackie le grand casse-cou du cinéma d’action des années 80/90.
Et puis voilà qu’arrive The Shadow’s Edge, son meilleur film depuis bien longtemps qui est une grosse claque vivifiante. Il y reprend son rôle iconique de policier dans un film d’action suspense trépidant synthétisant à la fois le film de casse, le néo noir, le techno thriller et le police procedural. Cerise sur le gâteau : Shadow donne également lieu à un duel d’acteurs mémorable avec Jackie faisant face à une autre grande vedette : Tony Leung Kar-fai.
Synopsis : La police de Macao est impuissante à arrêter une bande de voleurs qui fait usage de camouflage et de hacking pour réussir ces coups. Un officier à la retraite expert en surveillance et filature est rappelé en service avec pour tâche de former une nouvelle escouade d’agents spécialisés et d’arrêter la bande. Celle-ci est menée par un maitre criminel des plus dangereux surnommé « l’Ombre ».
JACKIE, UN FIN LIMIER DANS UN REMAKE
Si voir Jackie Chan jouer un policier et être un mentor n’est pas nouveau, l’idée qu’il soit un expert en surveillance et traque est excellente. En incarnant un enquêteur doté de facultés d’observation, de déduction et de feintes le jeu d’acteur de Jackie se trouve être est plus subtil et varié que dans la plupart de ses autres films.
Shadow’s Edge est en fait le remake d’un thriller néo noir datant de 2008 Eyes in the Sky. Le personnage du criminel traqué y était tenu par Tony Leung et il devait être excellent puisqu’il a été réengagé pour tenir le même rôle dans le remake. Si Shadow reprend la même prémisse que Eyes, il y a quand même quantité de différences. L’intrigue se déroule maintenant à Macao et actualise la trame avec l’ajout de crypto-monnaies et l’emploi de technologie encore plus sophistiquée. Les séquences d’action ont également beaucoup plus d’ampleur.
UN JEU DE CHAT ET SOURIS KALOIDOESCOPIQUE À MACAO
Les séquences d’action et de suspense de Shadow’s Edge sont fréquentes et d’approches très variées. Ils vont des courses poursuites rocambolesques à des filatures discrètes en passant par des fusillades épiques et des corps à corps féroces la plupart au couteau.
Alors que les courses poursuites se déroulent à un rythme frénétique, les scènes de filature au contraire sont des plus posées jouant souvent sur l’immobilité et des stratégies de dissimulations entre poursuivit et poursuivants accentuant le suspense. Tant les courses que les filatures se déroulent dans des dédales de couloirs et de ruelles et l’emploi de cyber technologie, de caméras omniprésentes et de déguisements éclair donnent souvent à ces séquences l’aspect de véritables labyrinthes kaléidoscopiques.
En tant que mentors et stratèges, les personnages de Jackie et de Tony Leung ne se lancent pas tout le temps dans des poursuites tête baissée. Ils n’en sont pas moins impliqués intensément dans l’action avec des empoignades très violentes. À 70 ans passés, Jackie ne fait plus de grosses galipettes casse-cou et utilise surtout des techniques de combats plus appropriés pour un homme de son âge avec des prises de saisie et de projections s’apparentant à l’hapkido.
Le maitre criminel incarné par Tony Leung étant censé être un redoutable expert au couteau, on a rapporté que l’acteur s’est entrainé un an pour simuler de manière crédible une maitrise terrifiante de cette arme. Le face à face entre Jackie et Tony culmine avec une empoignade d’une férocité âpre inouïe qui se déroulant en partie dans l’espace restreint d’un comble, constitue un véritable morceau de bravoure filmique.

DES CONFRONTATIONS D’OPPOSÉES
Shadow ne se contente pas de faire dans la chasse au voleur. Des tensions contentieuses entre les personnages sont utilisées tant pour approfondir leurs psychologies que mousser l’intrigue avec une pointe de tragédie émergeant dans un des derniers actes du film.
L’intrigue de Shadow’s Edge s’articule également autour de plusieurs confrontations d’opposées : méthode pratique vs virtuel, l’instinct vs l’IA, les vieux pros et les jeunes loups — étoffant le récit aussi bien sur le plan dramatique que thématique.
C’est le face à face Jackie et Tony Leung qui est le plus mis en relief. Leurs personnages sont le reflet inversé de l’autre; tous deux sont de brillants stratèges et des experts en dissimulation qui bien que maintenant âgés sont loin de vouloir être mis au rancart. Toutefois, alors que l’un est un mentor passant son savoir et protégeant ses subordonnés. L’autre est un manipulateur paranoïaque semant la mort sur son passage.
LES JEUNES TALENTS.
Shadow’s Edge fait beaucoup de place aux deux vedettes secondaires : Zhang Zifeng et Ci Sha. Depuis presque quinze ans, les films de Jackie produits en Chine continentale le voit presque toujours entouré de costars plus jeunes afin de susciter l’intérêt du public chinois. Toutefois, le rôle de ses acolytes tendent à être assez générique et superficiel. Ce n’est toutefois pas le cas dans Shadow avec Zhang et Ci Sha jouant des personnages pourvus d’arcs dramatiques substantiels. On peut même dire qu’en jeune policière cherchant à faire ses preuves sur le terrain, Zhang tient un des meilleurs rôles féminins jamais vus dans un film de Jackie.
LES FINESSES DE LA FILATURE/LA BEAUTÉE DE MACAO.
Shadow’s Edge a également deux autres qualités certes secondaires, mais dignes de mention. Un volet du film est ainsi dévoué à la formation de policiers aux méthodes de filature sur le terrain qui ont un aspect didactique des plus intéressants. Shadow exploite aussi de merveilleuse façon quelques lieux iconiques de Macao dans ses scènes de poursuites et de filatures comme sa célèbre Tour, l’Hotel Winn Macau et le vieux quartier pittoresques de Coloane.
THE SHADOW’S EDGE L’AVENEMENT D’UN NOUVEAU MAITRE DE L’ACTION?
The Shadow’s Edge a été écrit et réalisé par Larry Yang. Celui-ci avait déjà fait un film avec Jackie Chan : Ride on un divertissement sympathique, mais anodin reposant sur un sentimentalisme très (trop) facile et appuyé. Shadow est d’un tout autre calibre et teneur. En fait, on peut vraiment dire que Yang aura mis les bouchées doubles avec ce film rempli d’action, de personnages et de technologies et mené tambour battant.
On pourrait reprocher à Shadow’s Edge de faire un recourt un peu facile aux clichés de même qu’au développement mélo et qu’il abuse dans la surenchère comme s’il suivait le principe du trop c’est jamais assez. C’est pour cette raison qu’il est fortement recommandé de voir le film au moins à deux reprises : une première fois pour le voir dans son ensemble et une deuxième pour saisir l’intrigue, l’action et les personnages plus dans le détail et ainsi constater tant son niveau de cohérence narrative que de maitrise formelle.
En dépit d’une durée de 140 min, il n’y a aucun temps mort, chaque instant étant bien rempli tant dans les scènes d’action/suspense de même que des périodes de pauses ou les personnages révèlent la teneur tragique ou inquiétante de leur personnalité.
La scène post générique de Shadow’s Edge promet une suite. Il sera intéressant de voir ce que l’avenir réserve à Yang et voir s’il pourra faire d’autres films d’action suspense d’un même niveau. Affaire à suivre…
ANNEXE SPÉCIALE
Eyes in the sky.
Time and Tides












