Titre original italien La città proibita/ La Citée Interdite
Mon grand coup de cœur de Fantasia 2025 a été le film d’action martiale italien La Città Probita présenté au festival sous son titre anglais international : The Forbidden City. Je l’ai vu le vendredi 25 juillet et j’aurais voulu en parler dès ce moment, mais diverses contraintes (incluant la continuation du Festival, et le film de Jackie Chan ; Shadow’s Edge), ont fait qu’il aura fallu presque trois mois pour que je sois finalement prêt à publier un compte-rendu qui soit à la hauteur de mon enthousiasme pour ce film que je considère comme étant des plus exceptionnel.
La cité interdite du titre ne désigne pas le complexe impérial au cœur de Beijing, mais le monde à part des immigrants étrangers de Rome spécifiquement ceux de Chine. L’intrigue tourne autour d’une jeune chinoise (Liu Yaxi) experte en arts martiaux entrée clandestinement en Italie qui fait face aux hommes de main d’un caïd du Chinatown de Rome (Ye Hajin). Elle croise à quelques reprises un jeune chef cuisinier (Enrico Borello) et ensemble ils découvrent qu’une tragédie commune les lie l’un à l’autre.
UN FILM KUNG-FU FAIT EN ITALIE PAR DES ITALIENS
Les films d’action d’arts martiaux sont surtout produits aux États-Unis et dans quelques nations asiatiques principalement la Chine et la plupart sont d’un calibre qui dépasse rarement le niveau de la série B. Production italienne, tournée à Rome dans la langue du pays et avec un budget de 16 millions d’Euros (26 millions canadien) Forbidden City est un film d’action martiale qui sort des sentiers battus du genre de plus d’une façon.
Il a été co-écrit et mis en scène par Gabriele Mainetti qui s’est fait une spécialité d’aborder le cinéma de genre en lui donnant une tournure spécifiquement italienne et très personnelle. Après le film de super-héros avec They Called Me Jeeg Robot et Freak Show un film fantastique/historique à la Guillermo Del Toro. Mainetti s’est maintenant lancé dans le film kung-fu.
Le choix singulier du film, est d’avoir un chef cuisinier comme protagoniste pivot. Il ne sert ni de partenaire d’action pour l’héroïne, ni de faire valoir comique ou personnage à secourir. Il occupe le devant de la scène davantage que l’héroïne et les situations qu’il vit, les sentiments qu’il ressent et les relations qu’il a avec les autres personnages en particulier avec la jeune chinoise donne une émotion au film qui élève celui-ci bien delà des formules scénaristiques typiques du cinéma d’action martial ou autre.


UN CINÉASTE QUI CONNAIT SON KUNG-FU.
La démarche de Mainetti à vouloir faire de son film kung-fu un drame humain bien senti fait qu’il y a un peu moins d’action que la norme pour ce type de film. Il y a en effet juste quatre séquences de combats qui sont de plus en plus espacées au fur et à mesure que le récit progresse. Cette petite quantité est cependant largement compensée par la remarquable qualité de chacun des affrontements. Ceux-ci sont très distincts allant de la poursuite rocambolesque au duel à mort, en passant par la mêlée générale un contre une multitude.


Tous les aspects du combat filmé y sont au point : les prestations physiques, la chorégraphie, la mise en scène, et le montage créant des ballets dynamiques, articulés, brutaux, inventifs et qui restent parfaitement lisibles en tout temps.
LIU YAXI DAME D’ACTION.
La chinoise martiale est incarnée par Liu Yaxi. Celle-ci n’est pas une actrice entrainée comme c’est maintenant la norme au cinéma d’action, mais une cascadeuse émérite. Doublure de l’actrice Liu Yifei dans le Mulan d’Hollywood elle doit son casting à la découverte fortuite par Mainetti d’un démo-reel mettant en valeur ses habilités. C’est un choix qui s’est avéré prodigieusement approprié grâce non seulement par la grâce et la puissance de la prestation physique de Liu mais également l’intensité de son jeu en incarnant une combattante férocement déterminée à accomplir sa mission. Comme Angela Mao et Michelle Yeoh avant elle, Liu rend parfaitement crédible un spectacle absolument incroyable d’une femme terrassant une douzaine d’adversaires à la fois ou beaucoup plus grand qu’elle. De nos jours pareil spectacle martial à pareil niveau d’excellence n’est plus que très occasionnel.
Les séquences d’action du film auront été supervisées par un chorégraphe/cascadeur chinois ayant fait carrière à Hollywood Liang Yang. Celui-ci aura contribué entre autres à des affrontements dans la franchise Star Wars et Mission impossible de même qu’une dizaine de films de super-héros.
ROME VILLE OUVERTE
En natif de Rome, Gabriele Mainetti prend toujours soin dans ses films de faire de la ville un personnage à part entière par le soin qu’il apporte à mettre en valeur sa physionomie urbaine que sa saveur locale. Forbidden City n’est pas une exception. L’ensemble du récit se déroule dans un quartier spécifique : l’Esquilin. Cette partie de Rome est habitée d’immigrants et la façon sympathique dont le film présente ceux-ci constitue une véritable ode aux multiculturalismes contemporains de la ville.
Cette vision inclusive des étrangers contraste avec la façon dont ceux-ci sont habituellement dépeints dans la plupart des films chinois et hongkongais. Occidentaux et japonais sont ainsi les affreux de service dans les films d’action martiale, et ce depuis des décennies.
La présentation humaine et humaniste des étrangers est un des traits les plus rafraichissants de Forbidden City et le film ne s’arrête pas là. Même les antagonistes ont droit à des moments de grâce. Cela est particulièrement surprenant à voir, les films d’action présentant typiquement les méchants de la façon la plus manichéenne possible. L’argument dramatique final du film n’est pas la vendetta, mais le mieux vivre ensemble au sein d’une communauté diverse interconnectée. Dans le contexte trouble de note époque pleine de colère et de divisions c’est un message qui est plus que bienvenu.
CONCLUSION
La démarche de Mainetti pour créer une synthèse entre film d’action et drame humain plein d’humour et de tendresse constitue un délicat jeu de balance, mais qui remplit d’astuces scénaristiques qui sont spécialement délicieuse à découvrir. On fait notamment l’emploi du mélange de genre : comédie, mélodrame, thriller. Des flash-backs sont également utilisés pour faire des révélations cruciales. D’une durée de 140 min, il se pourrait que les amateurs de film d’action pur trouvent Forbidden City trop long, dissipé et mélo. S’il n’est pas exempt de quelques maladresses et de longueurs, l’intelligence et la sincérité de Mainetti est des plus évidentes et donnent beaucoup d’âme et de cœur à son film qui en font l’un des meilleurs films martiaux des années 2020.


Forbidden City a connu deux volées d’applaudissements tonitruantes lors de sa présentation à Fantasia. Le premier suivant la première grande scène d’action du film : une course poursuite rocambolesque dans un Rome souterrain et qui culmine… dans une cuisine. La seconde lors de la fin du film, un des plus nourris du festival cette année, la marque indiscutable d’un public satisfait. Forbidden City a d’ailleurs rapporté le bronze au prix du public.
À un niveau personnel, le film de Mainetti met en avant certaines des idées que j’aspire à voir depuis longtemps dans le genre martial : un film dans lequel les membres de diverses nations s’unissent pour raconter un récit unificateur et présenter un spectacle d’Action ludique : une sorte de village planétaire kung-fu.
Pour tout amateur d’action kung-fu, Forbidden City est un incontournable.
Cote : ****.
RUBRIQUE SPÉCIALE: LE CINÉ-KUNG FU ET L’ITALIE 1972-1975
BRUCE LEE À ROME
The Forbidden City fait écho au troisième film de Bruce Lee : La Fureur du Dragon qui se déroule à Rome. Troisième film kung-fu de Bruce qu’il a scénarisé et mis en scène lui-même, il aura fait le choix crucial de situer sa nouvelle aventure à Rome le cœur de la civilisation occidentale. Le combat final contre le champion de karaté incarné par Chuck Norris a lieu dans le Colisée et est présenté comme un combat de gladiateurs modernes. Cet affrontement est l’un des les plus mythique de tout le cinéma kung-fu.
En fait le combat a été tourné à Hong-Kong comme l’ensemble du film, mais Bruce, Chuck et la vedette féminine du film Nora Miao se sont tous rendus à Rome pour tourner quelques bouts de scènes dans des lieux iconiques de la Cité éternelle.
Fureur du Dragon et Forbidden City partage la même prémisse de base : celui d’avoir un expert martial chinois balancé à Rome et de le voir faire face à des gangsters convoitant un restaurant. Les deux films présentent également un petit travelogue à travers les lieux emblématiques de la ville. Les protagonistes de chaque film se retrouvent à un même endroit, mais à cinquante ans d’intervalle soit le balcon surplombant le Forum Romain.
LES WESTERN KUNG-FU D’ITALIE AKA LES WESTERN SOJA.
La Fureur du Dragon est de nos jours le film de kung-fu le plus connu à avoir une connexion italienne, mais il est loin d’être le seul. Dans les années soixante-dix, l’Italie est une des grandes Mecques du cinéma de genre avec notamment le western spaghetti, le Giallo et le Poliziotteschi. Il n’est donc pas surprenant qu’on y ait produit entre 1973 et 75 plusieurs films faisant dans le kung-fu et mettant en vedette des acteurs asiatiques.
Le premier est Il mio nome è Shanghai Joe (Mon nom est Shanghai Joe) aka : The Fighting Fist of Fighting Joe. C’est un western reprenant la prémisse de base de la série TV américaine Kung Fu en suivant les péripéties d’un chinois martial errant dans le Far West. Le personnage est toutefois joué par un japonais. L’acteur culte Klaus Kinski est le méchant. Le film connaitra une suite : Che botte ragazzi! ou Il ritorno di Shanghai Joe en 1975.
L’engouement soudain de l’Occident pour le ciné kung-fu entrainera La Shaw Brothers le plus gros studio de Hong-Kong à des collaborations étrangères. Deux de ces films ont été co-produits avec des studios italiens et mettent en vedette Lo Lieh. Vedette de Five Fingers of Death aka King Boxer aka La Main de fer le premier film kung-fu officiellement exporté en Occident, Lo était au côté de Bruce Lee la première star martiale connue du public d’Europe et d’Amérique.
La première de ces collaborations italiennes est The Stranger and the Gunfighter (1975) AKA La Brute, Le Colt et Le Karaté. Comme Shanghai Joe il s’agit d’un western dans lequel Lo Lieh partage l’affiche avec Lee van Cleef figure emblématique du genre. Le tournage a lieu en Espagne comme c’est la norme pour les westerns spaghettis, mais quelques séquences ont été tournées sur les plateaux de tournage de la Shaw dans des décors de Chine ancienne. Le film a été mis en scène par un des grands touche-à-tout du cinéma de genre italien Antonio Margheriti.
Tant Shanghai Joe et The Stranger and the Gunfighter auront fort vraisemblablement été influencés par le western Red Sun (Soleil Rouge) qui voyait un hors-la-loi joué par Charles Bronson faire équipe avec un samouraï joué par Toshiro Mifune pour retrouver un sabre précieux. Red Sun a également été une influence déterminante sur Shanghai Noon le film western de Jackie Chan.
KUNG-FU COMÉDIE ITALIENNE
Lo Lieh est la vedette d’une seconde collaboration Italie/Shaw Brothers : Superman against the Orient aka Les Trois Supermen du kung-fu . Vêtu d’un costume à cape, il y joue un superhéros martial au côté de comédiens italiens de même que l’actrice chinoise Shih Szu. Le film est en fait le cinquième opus d’une série de comédie d’action les Trois Supermen. Le metteur en scène du film est Bitto Albertini avec les scènes hongkongaises du film tourné par le réalisateur Shaw : Kui Chieh-hung. Wikipédia et le HKMDB crédite Jackie Chan comme chorégraphe une attribution plus que douteuse vue que la future star n’était à l’époque qu’un simple cascadeur et acteur occasionnel.
Antonio Margheriti aura mis en scène un second film fleuretant avec le kung-fu : Hercules contre karaté qui inverse la prémisse de Stranger and Gunfighter en ayant des protagonistes occidentaux (un duo à la Terrence Hill/Bud Spencer) semer la pagaille à Hong-Kong.
BRUCEPLOITATION TOURNÉE EN ITALIE.
Reprenant la démarche de Bruce Lee, dans Fureur du Dragon, le cinéaste hongkongais Ng See yuen est allé tourner trois films de Bruceploitation à Rome. Les deux premiers mettent en vedette Bruce Liang : The Little Godfather from Hong-Kong Hong-Kong Godfather et Kidnap in Rome. Godfather présente même un guet appens se déroulant se déroulant sur la Place Saint-Pierre.
Le troisième titre est la biographie fictive de Bruce Lee : Bruce Lee the Man The Myth, (la Vie fantastique de Buce Lee mettant en vedette Bruce Li. Dans ce film, Bruce est défié pendant la préparation du tournage du tournage de Fureur du Dragon par des karatékas sur le site des Thermes de Caracalla situé à quelques pas du Colisée.
La plupart des films mentionnés sur cette rubrique peuvent être trouvés sur YouTube ou des sites de téléchargements spécialisés. Ils peuvent être considérés comme d’intéressantes curiosités.
BANDE ANNONCES OU COPIES COMPLETE DES FILMS MENTIONNER SE TROUVANT SUR YOUTUBE.
Hercules Contre Karaté : Bande annonce camerascope.
Little Godfather from HongKong: La tentative de meutre sur la Place st Pierre survient à 35mn.
Bruce Lee the Man the Myth: La séquence romaine commence à 62min.






























