Écrit et réaliser par Jane Schoenbrun

Synopsis` :

Kris Williams (Hannah Einbinder) une cinéaste queer, veut rendre hommage au film slasher intituler Camp Miasma, qui dans sa jeunesse lui a fait découvrir son identité sexuelle. Elle envisage d’en réaliser un remake et part rencontrer Billy Presey (Gillian Anderson) qui a jadis incarné la « final girl » du film afin de se trouver des idées. Kris apprend que l’ancienne actrice vit désormais recluse sur les lieux mêmes du tournage de Camp Miasma. Une fois sur place elle fait plusieurs découvertes étonnantes incluant celle que Little Death, le tueur maniaque du film, existe bel et bien et attend son heure pour frapper à nouveau.

Une mise en abime narrative astucieuse.

Même si elle joue avec les codes narratifs du slasher et est remplie de clins d’œil à se type de film d’effroi notamment ses deux grands classiques Friday the 13 et Sleepaway Camp : la cinéaste Jane Schoenbrun avec Teenage  Sex and Death at Camp Miasma dépasse largement le simple pastiche méta et satirique à la Scream.

Schoenbrun ancre le film dans une perspective queer et y transpose son propre parcours artistique : la protagoniste apparaît ainsi comme le double fictionnel de la metteure en scène. Mêlant horreur, comédie, satire et érotisme dans un registre souvent camp, Teenage déploie une audacieuse mise en abyme sur deux, voire trois niveaux. Ce dispositif narratif donne lieu à une sorte de « fiction paradoxale », à mi-chemin entre l’autobiographie, le commentaire méta, l’humour et le surréalisme. Il en résulte un récit passablement abracadabrant en particulier dans ces dernières péripéties ou c’est alors la réalité même qui semble se dérober.

Au delà de ses éléments narratifs surréels et de son humour, l’intrigue du Teenage met aussi en évidence les dimensions misogynes et transphobes du slasher, l’influence de la culture populaire sur la construction identitaire et même les ressorts narratifs et visuels susceptibles de provoquer un trouble sexuel.

Cerise sur le gâteau;  Teenage se distingue également par une approche visuelle stylisée, notamment dans son usage des couleurs qui lui donne un lustre insolite.

Le tueur manique du film : Little Dead.

L’humour du film de même que son décalage surréel se manifeste également avec son tueur maniaque, surnommé Little Dead; un hermaphrodite, armée d’une longue tige perçante et qui a une unité de climatisation pour tête. Son nom renvoie à l’expression « petite mort », qui désigne l’état d’inconscience ou de relâchement pouvant suivre l’orgasme et surligne le lien que fait fréquemment le film entre la jouissance sexuelle et le trépas.

Un film qui en fait trop ou pas assez.

Bien que Teenage Sex and Death at Camp Miasma soit un film indéniablement audacieux, riche en style et en idées, on peut lui reprocher d’en faire à la fois trop ou pas assez. À force de multiplier les pistes, l’œuvre en effet  devient laborieuse, perd en cohérence et finit par nuire à sa propre lisibilité. On pourrait dire que le film  ne pousse pas sa démarche jusqu’au bout, préférant se dérober derrière des pirouettes narratives pour faire au finale avec du grand n’importe quoi.

Néanmoins, en dépit de ces errements il faut reconnaitre que Teenage Sex and Death at Camp Miasma tient quand même assez bien la route grâce au  mordant et à la belle complicité de ces deux interprètes Hannah Einbinder et Gillian Anderson. Chacune apporte également une dimension méta particulière : Einbinder en incarnant le double fictionnel de Jane Schoenbrun la metteuse en scène du film, et Anderson en raison de la place marquante qu’elle occupe au sein de la culture populaire grâce à son rôle de Dana Scully dans The X-Files: Aux Frontières du Réel

Conclusion.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma  est susceptible autant de suscité l’enthousiasme que laisser les spectateurs perplexes ou dépiter.   Pastiche postmoderne d’elevated horror des plus ludiques, le film impressionne par son aplomb excentrique même si sa cohésion et son degré aboutissement reste plutôt discutables. S’il trouve sans doute un écho particulier auprès du public LGBTQ+, et des nostalgiques du cinéma slasher, il risque de moins convaincre ceux qui se sentent éloignés de ses références et de ses enjeux. Il n’en reste pas une aventure filmique assez unique en son genre. Indéniablement il s’agit d’une folle aventure; « a pretty wild ride » dirait-on en anglais.

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