Titre japonais : Cocoons Aru natsu no shôjo-tachi yori (« Cocons: D’autres filles d’un certain été »).

Coocoon A Summer of Girlhood.

Durant les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, pendant la bataille d’Okinawa, l’armée japonaise a conscrit plusieurs centaines de lycéennes pour servir comme infirmières et auxiliaires actives sur le front.  On les aura regroupées dans une brigade surnommée l’Escadron Himyuri. La violence des combats, ainsi que les suicides collectifs imposés aux civils par l’armée japonaise, a fait que seules quelques-unes d’entre elles ont survécu.

La tragédie de l’Escadron Himstsui  a inspirée Cocoon (2010) un comic manga signé par Machiko Kyo.  

 »Aucune d’entre nous ne voulaient mourir » Traduction du texte.

Quinze années après sa parution la série a fait l’objet d’une adaptation en moyen métrage animé commanditée par la télévision publique japonaise, afin de commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Un film de guerre mais sans sang et sans haine.

Tant Cocoon le manga, que son adaptation, joue sur le contraste entre un décor tropical idyllique ou ce déroule le récit — plein de lumière et de couleurs — et la violence physique et émotionnelle brutale d’une situation de guerre.

Conçu pour un public jeune qu’on veut émouvoir et éduquer et non traumatiser Cocoon a recours à toutes sortes d’astuces pour amoindrir la portée de la violence graphique. Il y a  ainsi un grand recourt au hors champ et au suggestif. Toutefois, l’artifice le plus saisissant est de transformer le sang en pétales de fleurs. Celles-ci deviennent de véritables gerbes multicolores lors de fusillades donnant à ces séquences surréalistes une qualité à la fois poétiques et troublantes.

Malgré les violences qu’il met en scène, le film ne cède jamais à une xénophobie toxique. « L’ennemi »-jamais nommé- n’apparaît qu’à la fin d’une ultime tragédie et une révélation décisive empêche l’émergence d’une lecture haineuse ou simpliste. Dans un pays où le révisionnisme favorable au Japon impérial demeure très actif, la portée humaniste de Cocoon est une de ses plus grandes qualités.

Un animé qui reprend le style Ghibli.

Bien que Coccon adapte le récit du manga, il ne reprend pas son style graphique qui consiste en des traits esquissés coloriés à la façon de la peinture à l’eau. Le design du film animé adopte un style plus conventionnel, identique à celui du Studio Ghibli. Ce choix s’explique par le parcours du producteur de Cocoon  Hitomi Tateno et de plusieurs de ses collaborateurs qui ont été formés au  célèbre studios.

Cocoon adopte ainsi l’allure légèrement rétro d’un animé qui aurait pu être produit dans les années 1980. Comme dans les productions de Ghibli, Cocoon met en scène des protagonistes vives et attachantes, entraînées dans des épreuves des plus dramatiques. Bien que conventionnel et dérivative, l’animation est des plus dynamique, soignée et expressive.

Une allégorie d’insectes

Le Studio Ghibli a produit l’un des films d’animation les plus marquants sur les tragédies civiles de la Seconde Guerre mondial: Le Tombeau des lucioles, chef-d’œuvre d’Isao Takahata. Fait intéressant, tant ce film que Cocoon,  on recourt à des allégories centrées sur des insectes pour évoquer le sort de leurs personnages : des lucioles pour le film de Takahata et des chenilles à soie pour Cocoon. L’adaptation animée de ce film semble toutefois simplifier l’allégorie présentée  dans le  manga de Machico Kyo. Ce lien, renvoie à un essai (en anglais) qui donne plus de détail sur la démarche de l’œuvre d’origine.

Conclusion.

Sans atteindre la puissance picturale et tragique du Tombeau des lucioles, Cocoon demeure une œuvre aussi belle qu’émouvante. Elle évoque avec justesse et pudeur un épisode dramatique de la Seconde Guerre mondiale, mais a une portée universelle, intemporelle et profondément humaine  indéniable. Difficile en effet, en voyant ce film, de ne pas songer aux conflits actuel comme ceux de l’Ukraine ou de Gaza et la situation épouvantables que vivent maintenant ses habitants.

Cote +++0. 

Cocoon va être diffusé en Amérique du Nord à partir du 4 septembre prochain. Il sera sans nul doute montré éventuellement en Europe. Il est chaudement recommandé à tous les publics y compris aux familles. Malgré la gravité de son sujet, il peut convenir à de jeunes spectateurs s’ils sont bien accompagnés. Dans le monde violent où nous vivons aujourd’hui un tel effort de sensibilisation apparaît particulièrement pertinent.

Affiche