Plus de 15 ans après sa sortie, le film d’action indonésien The Raid, de Gareth Evans, continue de faire des émules. En 2017, le Festival Fantasia présentait déjà Jailbreak, une coproduction franco-cambodgienne  ou des policier faisait face à des taulards déchainés lors d’une émeute dans un pénitencier.

Pour 2026 Fantasia présente cette fois-ci une co-production Belgique/Pays-Bas : Attack on Paradise. (aka Paradise) Si ce film reprend la prémisse de base de Raid en se déroulant à nouveau dans une tour assiégé rempli de gangsters à déloger (et qui est appelé Paradise d’où le titre)il se distingue de son modèle en ayant un protagoniste qui n’est plus un policier, mais un simple visiteur qui se retrouve prit au piège entre deux feux. Heureusement pour lui il est un expert en MMA et est en mesure de se défendre. Il est épaulé par une jeune policière formant ainsi un duo faisant écho à celui que l’on retrouve dans Dredd un autre film de tour infernale dont l’influence se fait sentir.

Un film avec une violence rouge-sang.

Paradise apparaît donc comme un film très dérivatif . Plusieurs scènes, et certains personnages, semblent même être  repris tels quels de ses deux principales influences, avec seulement quelques retouches.

Paradise n’atteint pas non plus la virtuosité stylistique des scènes d’action de The Raid. La chorégraphie, la mise en scène et le jeu des acteurs/cascadeurs, bien que très solide, y sont d’un calibre moins élevé. De plus, là où les combats de The Raid étaient fortement marqués par le pencak silat,  l’art martial indonésien, ceux de Paradise relèvent d’un MMA plus générique.

Néanmoins, Paradise compense par un solide savoir-faire technique, une énergie brute et une violence vigoureuse qui en font un divertissement aussi efficace que trépidant. Les affrontements s’enchaînent à coups de poing, d’armes à feu, de couteaux et même de tiges de bambou aux extrémités  tranchantes. Comme The Raid, Paradise impose une violence graphique qui laisse une véritable marque au fer rouge.

Un film aux représentations tendancieuses.

Les gangsters qui défendent la tour sont des Arabes, des Africains et des Asiatiques tous issus des communautés immigrantes et présentées comme des brutes d’une façon nettement caricaturale  . Il faut toutefois reconnaitre que les policiers qu’ils affrontent  sont représentés d’une façon guères plus reluisante  : cagoulés ils tirent sur tout ce qui bouge.

Le film rapproche ainsi deux visions tout aussi problématiques : d’un côté, un imaginaire de type MAGA associant immigration et criminalité; de l’autre, une version subversive anti-establishment ou les forces d’intervention agissent pratiquement comme un  escadron de la mort. Au final, l’intrigue ne porte pas de véritable messages militants: ses représentations discutables relevant de formules  scénaristiques aussi faciles que paresseuses. Paradise cherche avant tout à divertir efficacement, sans trop se creuser la tête  un objectif qu’il atteint grâce à sa représentation volontairement simplifiée  et tendancieuses des forces en présence.

Lorsque le fils prodigue revient chez lui.

Paradise place pourtant au centre un protagoniste d’origine maghrébine présenté comme une figure quasiment tragique. C’est l’acteur qui joue le rôle Said Boumazoughe qui a lui-même imaginé la prémisse du film. Lassé d’être systématiquement relégué aux rôles de méchant dans les films ou la TV, il a imaginé une histoire lui permettant enfin d’incarner le héros, puis a su convaincre producteurs, scénaristes et réalisateur de la pertinence de son idée. Le protagoniste n’est ni policier ni délinquant : seulement un homme qui revient chez lui après une longue absence.  Ce sont les émotions qui l’habitent et le poussent à agir qui donnent à la trame du film un semblant d’âme et un cœur l’empêchant de n’être qu’un simple produit dérivé.

Le choix d’un héros issu d’une minorité visible, tout comme la forte présence de personnages appartenant à ces communautés, reflète le multiculturalisme des Pays-Bas, où s’inscrit le récit. Si les clichés tendancieux  révèlent des peurs et des préjugés encore présents, le choix de suivre un protagoniste dont le seul désir est de rentrer chez lui apporte aussi une forme de reconnaissance qui est le bienvenue dans une société en pleine transformation. Il reste à souhaiter qu’encore  d’autres films de genre, encore plus aboutis, puissent suivre cette voie et que Said Boumazoughe trouve d’autres rôles qui cassent le moule des stéréotypes.

Cote ***0

Annexe spéciale

Attack the Paradise est le deuxième film de son metteur en scène; Bob Colaers le premier est un autre film de genre avec un twist inédit : Trizombie un film de mort vivant avec des protagonistes trisomiques

Lien a un autre film de genre des Pays-Bas Straight Outta Space présenté à Fantasia en 2025 ce déroulant lui aussi dans une enclave multiculturelle et présentant des zombies extraterrestres. Trailer.