Présentés le lundi 27 juillet au Festival, Unholy Night et The Glorious Dead mettent tous deux en scène le retour inattendu des morts, déclenchant des tensions toxiques qui dégénèrent rapidement en violence brutale. Les deux films abordent toutefois ce thème de façons très différentes.

Unholy Night se déroule dans une banlieue, au sein d’une famille italo-canadienne qui se prépare au réveillon de Noël. Tout bascule lorsque la grand-mère, pourtant morte depuis quelques années, réapparaît. Prise d’une rage soudaine, la revenante s’en prend violemment à ses proches, transformant la soirée en véritable nuit d’enfer.

Un surnaturel inconsistant.

Le retour des morts s’explique par une obscure malédiction issue du folklore italien, évoquée en deux lignes de dialogue avant d’être presque complètement oubliée. Au fond, ce motif sert surtout de prétexte à créer une situation d’effroi fantastique où, au-delà de simples zombies agressifs, les membres d’une même famille finissent par s’entre-déchirer, verbalement d’abord puis physiquement.

Les règles du surnaturel ne sont utilisées que de façon incohérente, tantôt pour justifier les attaques, tantôt pour les laisser sans explication. Dans sa dernière partie, le film esquisse une théorie liée à un lieu précis et à l’usage de peinture, qui mène vers un dénouement situé dans un espace abstrait. Toutefois, cette idée demeure trop peu développée pour convaincre. Il en résulte une œuvre seulement partiellement aboutie dans son recours au fantastique.

Famille je vois aime Famille je vois hais

Le véritable enjeu du film consiste à mettre au jour les tensions toxiques qui traversent les familles et les relations interpersonnelles, exploitées tantôt sur un mode comique, tantôt dans un registre dramatique.  

Cet aspect est développé de façon beaucoup plus efficace et convaincante que le recours au surnaturel. Issu lui-même de la communauté italienne, le scénariste-réalisateur Michelle Gabrielle pose sur cette famille un regard qui est plus vraie que nature dans les deux registres du film. Les personnages présentés et leurs relations s’avère donc aussi crédible qu’attachant même celui de la mémé zombie.

Conclusion

Avec sa prémisses reposant sur les rapports toxiques entre proches et au sein de la famille, Unholy Night aurait pu pousser l’effroi et le malaise transgressif jusqu’à devenir une œuvre réellement dérangeante. Le film opte toutefois pour une voie plus accessible, conçu pour rejoindre un large public. Il en résulte un divertissement efficace, tour à tour drôle et effrayant, parfois les deux à la fois, ponctué de quelques moments-chocs, mais qui demeure somme toute assez anodin et s’oublie rapidement après la projection.

The Glorious Dead.

The Glorious Dead est un film d’effroi d’une tout autre trempe. Il s’agit d’une œuvre de la famille Adams — le père John  la mère Toby Poser et leurs deux filles Zelda et Lulu — qui jouent, écrivent réalisent collectivement leurs films même si le rôle de chacun varie d’un projet à l’autre. Cette fois, c’est la mère qui est mise de l’avant, dans le rôle d’une shérif d’un petit patelin rural qui se retrouve confronté à une situation de plus en plus anormale, incluant notamment la résurrection des morts.

La Famille Adams : de Gauche à Droite: John, Lulu, Zelda et Topher Posey.

Un film d’effroi nourri par la COVID et l’ère Trump.

Les six films qui composent l’œuvre de la famille Adams sont en fait des contes allégorique aussi macabre que troublant. L’effroi y prend chaque fois une forme différente, mais puise toujours dans la même variété d’angoisses; la mort, la maladie, l’étrange inconnu, la perte de contrôle et la part sombre de l’âme humaine. Filmant avec un smart phone et très peu de moyens, mais beaucoup d’astuce, la famille Adams est la preuve de tout ce que l’on peut faire avec deux fois rien mais beaucoup de savoir faire et de bonnes idées accrocheuses.

Si la situation fantastique dépeinte dans The Glorious Dead semble s’inspirer des croyances liées à l’Apocalypse, les véritables racines de la situation dépeinte renvoient plutôt à la Crise de la COVID-19 qui par la gravité mortelle de l’épidémie, l’incertitude, et la perte de contrôle aura été traumatisante pour quantité de gens et mener à des débordements paranoïaques, voire insurrectionnels. Même si l’épidémie a fini par s’atténuer, la toxicité sociale, elle a continué de fermenter dans l’Amérique MAGA du président Trump.

Une descente infernale dans le macabre et la noirceur de l’âme humaine.

En tant que shérif, la protagoniste doit faire face à une situation qui devient de plus en plus sinistre et inquiétante, avant de comprendre qu’un danger plus immédiat vient de ses propres concitoyens. The Glorious Dead s’impose ainsi comme un slow burn horrifique maîtrisé, moins fondé sur les jump scares ou les effets gore -bien qu’il y en ait- que sur une anxiété diffuse et une double menace grandissante l’une surnaturelle, l’autre profondément humaine. De tous les films des Adams, Glorious est sans doute le plus troublant par son actualité.

Au cœur de cet univers macabre, effrayant et désespéré, l’humour noir, étrange et morbide propre aux Adams accentue encore la singularité du voyage proposé par le film. Les personnages échangent aussi diverses théories et croyances sur l’origine des phénomènes, sans jamais parvenir à une véritable explication. Ces discussions mettent encore plus en relief  les thèmes de la perte de contrôle et de la toxicité logée dans les coeurs.

Conclusion.

Bravo à la famille Adams pour cette nouvelle réussite dans l’horreur indépendante : un antidote bienvenu aux productions tape-à-l’œil de la Blumhouse [ Parnormal Activity, Conjuring etc ]. C’est le film du Festival que j’ai trouvé le plus accompli et qui m’a le plus plu cette année à Fantasia.  

Cote : ****

Lien a Mother of Flies le film des Adam présenté a Fantasia en 2025.

Tous les films des Adams sont disponibles sur la chaine Shudder,

Annexe spéciale

La prémisse de The Glorious Dead est presque identique celle de la série télé Revival, elle-même adaptée d’une série comic. Dans les deux œuvres, une shérif doit faire face à la résurrection des morts et à une population en crise. Mais là où la protagoniste de la série est une jeune femme séduisante et proactive, celle de The Glorious Dead est une femme mûre, dépassée par les événements. Cette différence résume à elle seule l’écart essentiel entre les deux titres.