Parmi les monstres emblématiques du cinéma d’horreur, le zombie occupe aujourd’hui une place prépondérante dans la culture populaire contemporaine, surpassant, les vampires, les loups-garous et le monstre de Frankenstein. Les franchises de 28 Days Later, de Walking Dead, de Word Word Z et de The Last of Us en plus des comédies Shawn of the Dead de même que Zombieland I et II témoignent de cet engouement.
La plupart de ces films et séries télévisées mettent en scène un univers apocalyptique peuplé de morts-vivants en décomposition, extrêmement agressifs et avides de chair humaine.






Ces représentations modernes du zombie trouvent leur origine dans le classique culte Night of the Living Dead de Georges Romero, réalisé en 1968, qui peut être considéré comme l’un des films d’horreur les plus influents de l’histoire du cinéma.

Toutefois les véritables origines du Zombie remontent à une figure du folklore surnaturel d’Haïti. Celui-ci peut être interprété comme une métaphore de l’esclavage tel que vécu et pratiquer dans les Caraïbes.
Les Zombies des Caraïbes

Cette idée est avancée dès le début du documentaire de Maya Annik Bedward, cinéaste canadienne d’origine jamaïcaine. Même si le film retrace l’évolution du cinéma de morts-vivants, depuis le tout premier film White Zombie au début des années 1930 jusqu’à aujourd’hui, son objectif principal est de replacer cette figure dans son contexte afro – caraïbéen d’origine et d’en favoriser la réappropriation par la culture qui l’a vue naître. C’est ce que résume son titre : Black Zombie, ou zombie noir.
Black Zombie rassemble de nombreux extraits de films de morts-vivants et des entrevues avec des spécialistes du cinéma, de l’histoire et des religions. Le documentaire donne même la parole à des prêtres et prêtresses du Vaudou, religion populaire d’Haïti associée au mythe du zombie.
Quelque un des intervenants apparaissant dans le film
Ces intervenants expliquent les origines réelles du Vaudou et la nature de leurs croyances, trop souvent déformé par les films zombies. C’est que la plupart d’entre eux présentent tendancieusement le Vaudou comme un culte idolâtre et grand-guignolesque plutôt que comme une véritable religion, transformant ses esprits protecteurs en démons sanguinaires et ses prêtres en sorciers maléfiques.



Black Zombie présente également des extraits de cérémonies et de danses vaudou authentiques, afin de montrer cette tradition telle qu’elle est réellement, loin des images dénaturés véhiculées par des films comme White Zombie (1932), To Live and Let Die (1973) et The Serpent and the Rainbow (1988) des films qui reposent non pas sur quelconque soucis d’authenticité mais sur l’imaginaire raciste occidental, comme Black Zombie le souligne à mainte reprise.
Vraies images du Vaudoo.



Zombies, Voodoo et Haïti leurs vraies histoires.
Des documents d’archives, des séquences animées et des reconstitutions historiques tournées en noir et blanc présentent les véritables origines des zombies, du Vaudou et de l’histoire d’Haïti. En les replaçant dans leurs contexte culturel et historique, le film révèle toute la richesse de ces réalités trop souvent tronqués. C’est la grande qualité du film autant que son survol cohérent du film de zombie.
La culture populaire et les médias occidentaux entretiennent trop souvent une image très négative d’Haïti, de sa population et de ses croyances. Le pays est généralement présenté comme un territoire marqué par l’exploitation, les catastrophes répétées et une misère généralisé. Black Zombie offre une perspective plus riche, nuancée et constructive, davantage à la mesure du surnom attribué à Haïti : l’Île magique.
Conclusion.
Black Zombie figure parmi mes deux ou trois grands coups de cœur de Fantasia 2026. C’est le film que je recommande le plus vivement, non seulement pour les fans de cinéma d’horreur, mais ceux qui sont curieux sur Haïti. C’est un film si engeant et instructif qu’après l’avoir vu, les spectateurs ne regarderont plus les films de zombies, le Vaudou ou Haiti de la même façon.
Ceux qui verront éventuellement le film gagneront à rester après le générique de fermeture, qui réserve un superbe clin d’œil final.
Cote : ****
Annexe spéciale.
Entrevues avec Maya Annick Bedford [en anglais]
Cet extrait du télévangéliste Pat Robertson, où il affirme qu’Haïti et ses habitants seraient maudits, illustre de façon frappante certaines idées racistes véhiculées en Occident à l’égard des Haïtiens.
Parmi tous les films de Zombies noirs c’est I Walk with a Zombie mise en scène par Jacques Tourneur et produit par Val Lewton qui a la plus grande réputation tant pour ses qualités formelle que dramatique. Maya Annick Bedward a d’ailleurs pastiché l’esthétique du film pour les scènes de reconstituons fiction de son film.
Chant de Erol Joshua extra de son disque : Pelrinaj.








