Le nouveau cycle Action! de la Cinémathèque québécoise a débuté le mercredi 1er juillet avec la projection consécutive du diptyque Kill Bill.
Dans la continuité de cette programmation, la Cinémathèque a présenté dès le lendemain Lady Snowblood (1973), le film qui a inspiré Quentin Tarantino pour son œuvre-hommage. Il est le premier des six films japonais qui seront présentés par la Cinémathèque. Le film met en vedette Meiko Kaji, l’une des actrices japonaises les plus intenses et ténébreusement charismatiques de son époque, dans l’un de ses deux rôles les plus iconiques (l’autre étant Sasori dans la série films Female Prisonner 701).
Lady Snowblood est adapté d’un manga scénarisé par Kazuo Koike, également créateur de Lone Wolf and Cub, une bande dessinée culte qui a elle aussi donné naissance à une série de six films devenue incontournable dans le cinéma culte japonais.
Lone Wolf and Cub et Lady Snowblood partagent un même thème : la vengeance transgénérationnelle, mais l’abordent de façons très différentes. Dans le premier -situer au cours de l’ère des samourais un père et son très jeune fils mènent une vendetta contre un clan ennemi; dans le second -situer lui durant la période Meiji à la fin du XIX siècle- l’héroïne accomplit la revanche posthume de sa mère, qui l’a conçue et mise au monde en prison dans ce seul but. Les circonstances de sa naissance, combinées avec sa détermination implacable et son apparence toute de blanc vêtue (cette couleur étant celle de la mort dans la culture japonaise) donnent à la protagoniste une aura hanté presque surnaturelle. Elle est d’ailleurs souvent désigné comme une asura, une créature démoniaque issue du folklore bouddhiste du Japon.
Au début des années soixante-dix, les grandes heures de gloire du cinéma japonais sont terminées. Pour survivre, les studios se sont convertis au cinéma d’exploitation axé sur le sexe et la violence. Ce qui ne veut pas dire que les films produits est tout dénoué de qualité formelle ou stylistique singulière.
Lady Snowblood en offre un excellent exemple : le film déborde de style, autant sur le plan visuel que narratif. Plusieurs séquences ressemblent à de véritables tableaux, soigneusement composés, notamment celles où le sang et la neige deviennent les motifs visuels dominants.





Le recours à la voix off, à une structure en quatre chapitres, à une narration non linéaire, à des images tirées du manga original et même à une tombée de rideau à la fin d’un acte confère à l’ensemble une dimension formelle audacieuse, presque avant-gardiste. Le film a été mis scène par Toshuya Fujita qui a surtout œuvré dans les films de jeunes délinquants et le genre du roman porno. Snowblood reste toutefois son titre le plus reconnu.
Bien que le sang jaillisse à profusion dans Snowblood, il n’y a que trois vraies scènes d’action, deux dans les derniers quarts du film. Meiko Kaji n’est pas une actrice entrainée martialement et les moments d’action repose sur la mise en scène et le montage pas sur l’athlétisme des acteurs. Le grand moment d’action du personnage la voit utiliser un sabre en tenant la poignée de revers comme Zatoichi le sabreur aveugle ou elle tue plusieurs adversaires dans la pénombre.



L’atout majeur du film demeure Meiko Kaji elle-même. Dotée d’une présence a l’intensité singulière et d’un regard perçant, elle confère au personnage un charisme à la fois incandescent et glacial. Toujours vêtue de blanc, le teint d’une pâleur saisissante et souvent maculer de sang, Kaji, dans Lady Snowblood, exerce une fascination magnétique rarement égalée dans le cinéma martial nippon. Également chanteuse, elle interprète La Fleur du carnage, dont les paroles et la mélodie soulignent la nature mélancolique et hantée de cette étrange demoiselle, l’une des femmes fatales les plus singulières du cinéma.

Lors de la présentation du film de Snowblood à la Cinémathèque de petits éclats de rire ont souvent émergé lors des éruptions de geysers de sang, mais malgré tout le film a conservé une indéniable qualité ensorcelante grâce bien sûr au charisme de Kaji. La voir maculer de sang étant une image imminemment saisissante.
Annexe spéciale.
Lady Snowblood a connu une suite toujours réalisée par Fujita sortie en 1974 et en 1976 le studio hongkongais Golden Harvest aura produit un remake chinois Broken Oath mettant en vedette la star martiale Angela Mao et des scènes d’Action par Yuen Woo-pin. En vue de leurs compétences, la qualité et qualité des séquences de combat sont nettement plus relevée que dans le film original bien que Mao elle même – ne joue pas un personnage aussi hanté et charismatique que celle de Kaji. Un quart de siècle plus tard c’est Yuen qui chorégraphia Les Kill Bill inspirés de Lady Snowblood.

Les Fleurs de carnage interprété par Meiko Kaji
Documentaire Youtube sur la série manga d’origine
Lady Snowblood a été édité en version Blue Ray par les compagnies Arrow et Criterion.
Autant que je sache Lady Snowblood n’a pas connu d’édition vidéo française bien que des sous-titres soient certainement accessibles sur le net.
Sorti la même année que Lady Snowblood, Furyō anego-den: Inoshika Ochō — aussi connu en anglais sous le titre Sex and Fury — est un autre film de série B japonais centré sur une femme maniant l’épée et poursuivant une vendetta à l’ère Meiji. Moins raffiné que Lady Snowblood, il propose néanmoins plusieurs moments stylisés, plus d’érotisme et de nombreuses scènes sanglantes, dont une séquence marquante où l’héroïne affronte ses assaillants au sabre alors qu’elle est entièrement nue.

Lady Snowblood et Kill Bill de gauche à droite













