Le cycle « Action! » de la Cinémathèque québécoise a misé sur une programmation très éclectique. La séance du dimanche 5 juillet en a donné un bon exemple avec deux films tout à fait différents l’un de l’autre. D’abord The Adventures of Robin Hood, classique flamboyant du film de cape et d’épée hollywoodien mettant en vedette un Errol Flynn aussi charmeur que bondissant suivit ensuite de Peur sur la ville, polar policier anxiogène avec Jean-Paul Belmondo. Ce film a été mis en scène par Henri Verneuil, l’un des grands cinéastes commerciaux de France pendant près de quatre décennies   

Allez Hop Cascade

Peur sur la ville marque un tournant dans la carrière de Belmondo : car c’est son premier film de cascades. Il ouvre une période d’environ douze ans durant laquelle l’acteur multiplie les séquences casse-cou, une pratique que Tom Cruise a reprit à sa manière de nos jours.  

Peur sur la ville présente plusieurs de ses exploits les plus célèbres : une fusillade en embuscade sur des toits en pente, une poursuite sur le toit d’un métro en marche et une descente en hélicoptère jusqu’aux étages supérieurs d’un gratte-ciel pour y mener l’assaut.

Un film sous influence.

Cela dit, malgré l’importance et l’efficacité de ces grands moments d’action, le véritable enjeu du film se situe ailleurs : dans l’affrontement entre un policier et un tueur maniaque.

On peut d’ailleurs lire le film comme une sorte de Dirty Harry à la française, relevée d’une légère touche de giallo, ce sous-genre italien voisin du slasher. Le film de Verneuil reprend en effet plusieurs motifs du classique policier porté par Clint Eastwood : dans les deux cas, un inspecteur aux méthodes forcené, mal vu par sa hiérarchie, affronte un tueur maniaque qui provoque les médias. Dans Peur sur la ville, la course de Belmondo sur le toit d’un métro fait aussi écho à celle d’Eastwood sur un autobus en marche dans Dirty Harry.

Dirty Harry chevauchant un autobus/ Clint Eastwood exécutant une cascade. Belmondo sur un train de métro

Il y a quand même des différences entre les deux policiers; celui de Belmondo en tant que commissaire est plus haut gradé que celui de l’Inspecteur Harry et il est épaulé par sa propre équipe.   Surtout, Belmondo reste fidèle à lui-même : il ne joue pas les Eastwood, mais impose sa gouaille insolente, typique de son personnage d’acteur.

Entre séquences enlevées et passages maladroits.

Peur sur la ville comporte bien des maladresses et facilités. La première mort, certes spectaculaire, bascule littéralement dans un rocambolesque assez saugrenu. Certaines longueurs se font également sentir, notamment dans la parenthèse consacrée au psychiatre.

Dans l’ensemble, le film reste pourtant très efficace et aligne plusieurs moments de brio, aussi bien visuels que verbaux. Le scénario recèle également d’excellentes idées, celle d’avoir un policier récalcitrant a s’occupé d’un tueur maniaque ou celle de révéler l’identité du tueur aux spectateurs avant les personnages, leur donnant ainsi une longueur d’avance.

Verneuil passait pour le plus américain des cinéastes français, impression que confirme le look et le style  de Peur sur la ville, tout comme son emprunt évident à Dirty Harry. Le film multiplie aussi les clins d’œil au thriller américain, notamment à Killer’s Kiss de Stanley Kubrick, avec la scène de l’entrepôt de mannequins, et à Shadow of a Doubt d’Alfred Hitchcock, avec la chute d’un criminel depuis un train. D’autres références se dissimulent sans doute encore dans le film.

Verneuil et Belmondo pendant le tournage.

Si Verneuil a conçu et développé la trame, les dialogues ont été confiés à Francis Veber, futur réalisateur de plusieurs classiques de la comédie française (Le Jouet les Fugitifs, Le Diner de cons). Les bons mots et les répliques assassines fusent fréquemment, notamment dans la savoureux interlude où le personnage de Belmondo protège l’une des cibles du tueur. Leur relation passe alors d’une franche hostilité à une complicité plus légère, portée par des échanges tour à tour mordants, drôles et introspectifs.

Diaporama Distribution.

Peur sur la Ville est une co-production France/Italie. La contribution italienne se résume au acteurs Lea Massari, Adalberto Mala Meril, et Giovani Cianfriqlia alors que Ennio Morricone a composé la musique. Ce dernier a également crée des trames pour quantité de gialo, un genre que Peur évoque un tant soit peu. La mélodie de piano avec seulement deux ou trois note saccadé successive fait un peu songé à la celle de John Williams pour Jaws sortie quelques mois après Peur la même année.

Même si les cascades de Belmondo restent spectaculaires, ce qui risque surtout de surprendre un spectateur d’aujourd’hui se trouve ailleurs. En effet, dans des scènes situées dans l’appartement d’une actrice érotique, les murs sont couverts d’affiches où elle apparaît dans différentes poses suggestives. Toutefois, ce ne sont pas ces images qui étonnent le plus, mais plutôt l’identité de l’une des personnes qui habite les lieux — un détail qui ne sera pas révélé  afin de préserver la surprise. Suffit de dire :  Autres temps, autres mœurs.

Conclusion

Boudé par la critique, Peur sur la ville n’en aura pas moins connu un énorme succès populaire avalisant la nouvelle orientation de « Bébel cascadeur » que l’on retrouvera au cours de la décennie suivante  par une succession  de polars désinvoltes comme Flic ou Voyou, Le Professionnele et Le Marginal . Verneuil s’engagera pour sa part dans une série ambitieuse de thrillers policiers plus graves et politique.    

Grisé par ses succès, Belmondo se laissera peu à peu enfermer dans une formule de plus en plus complaisante : celle du justicier gouailleur et casse-cou.   Parmi les films à cascade de Belmondo, Peur sur la Ville reste un de ces meilleurs et des plus apprécier.

Le film est resté bien visible pour les nouvelles générations de spectateurs grâce à des diffusions fréquentes à la télévision française. Au Québec, Belmondo n’est plus qu’on lointain souvenir comme les autres vedettes et films de France qui n’ont plus la portée de jadis. Peur sur la ville demeure toutefois accessible en édition vidéo ou lors de diffusions télévisées. Son intrigue de tueur maniaque l’éloigne un peu des formules habituelles de Belmondo, tandis que ses cascades sur les toits et le métro offrent encore un spectacle très réjouissant. Pour ceux qui Belmondo n’intéresse pas beaucoup, Peur reste un film intéressant à voir en tant que pastiche de thriller américain made in France, fleuretant par endroit avec le giallo italien.

Belmondo et Verneuil ont collaboré à plus de sept reprises en un peu plus de vingt ans, signant plusieurs films aujourd’hui très estimés, dont Un singe en hiver, Cent mille dollars au soleil, Week-end à Zuydcoote et La Casse. Comme Peur sur la ville, ces œuvres illustrent avec force le cinéma français d’aventure et de suspense, dont Verneuil demeure l’un des grands artisans.

Lien Wikipédia

Lien Mediafilm:

Comment les films d’action estampillés « Bébel » ont écrasé le box-office pendant dix ans

Pourquoi Henri Verneuil est un des grands du cinéma Français.

Palmarès Henri Verneuil de Sens Critique

Texte révisé avec l’aide du logiciel AI Co-Pilot.